Sister Vanilla – Little pop rock

Chemikal Underground / Pias
[3.5]
Durée :42’ 12’’
Date de sortie : 20/03/2007

On ne connaîtra sans doute jamais le fin mot exact qui a présidé à la destinée du little pop rock de Sister Vanilla aka Linda Reid. Est-ce vraiment la volonté de la plus jeune des Reid a se créer un petit chemin dans un rock où [...]

Chemikal Underground / Pias
[3.5]

Durée :42’ 12’’
Date de sortie : 20/03/2007

On ne connaîtra sans doute jamais le fin mot exact qui a présidé à la destinée du little pop rock de Sister Vanilla aka Linda Reid. Est-ce vraiment la volonté de la plus jeune des Reid a se créer un petit chemin dans un rock où elle a joué par le passé les porte-voix bénévoles, en faire valoir de ses frangins doués ? Où une entreprise familiale consciente et raisonnée autant que subreptice, visant à brouiller les points de comparaison avec le passé musical en utilisant le vecteur Linda pour s’absoudre d’un mythe sans doute un poil lourd à assumer. Ou des quolibets qui accompagnent toujours, en rock, les reformations à une bonne décennie de distance.

Toujours est-il que les faits sont là, composé à six mains, entre Linda, William et Jim Reid, Little pop rock a tout de la reformation, sous des airs de ne pas y toucher, des écossais Jesus and Mary Chain. Parce que bon, ce n’est tout de même pas le jeu de batterie du futur Primal Scream Bobby Gillespie ou la basse de Douglas Hart qui rendirent le son de JaMc si emprunt de légende. Tout partait des guitares de la fratrie, de cette capacité à « caverniser » un titre pop ailleurs tout Wilsonien, et à laisser parler la poudre de la distorsion et de ces nappes électriques. Des nappes de guitare qui influencent encore des générations de wannabies comme elles furent à l’époque le détonateur de carrière pour des gens aussi recommandables que My Bloody Valentine, pour ne citer qu’un adorateur de renom au moins aussi grand.

Alors faut-il, chroniqueur, analyser little pop rock comme le retour camouflé des Jesus and Mary Chain, depuis leur retraite définitive, quelque part au tournant du siècle ? La tentation est grande. Mais les Reid sont des malins. Puisqu’il s’agit de l’album de la soeurette, c’est ainsi qu’ils se disposent et disposent les éléments sonores de l’enregistrement. En retrait du petit filet, encore diablement juvénile, de Linda. C’est donc comme tel qu’on se résout à l’analyser. Little pop rock n’est donc pas l’album du retour des légendes, mais un album de fans du JaMc emmenés par une fille. Si on se cantonne à cette définition, on a une bonne idée du ressenti qu’on éprouve à l’écoute de l’album. Il y a dans ce disque une propension à la ballade, que n’auraient sans doute pas toléré longtemps les frangins seuls. Oui mais. Des ballades qui n’oublient pas de laisser parler un guitare en disto, quelque part au loin, comme un écho, un phare dans un univers tapissé de gris, caressé par une voix cotonneuse ou caressante: celle de Linda Reid.

Mais il y a quand même, on ne se refait pas, de multiples parallèles avec le Jesus and Mary Chain. On ne peut pas non plus chasser le naturel sans qu’il vienne poindre son nez rapidement. Au delà des titres dont les paroles font ouvertement références aux tracks du groupe écossais, comme K to be lost, et sa citation psychocandy-ienne récurrente ; ou encore can’t stop the rock qui place le JaMc sur l’échiquier des groupes que Linda y cite en référence, il y a des évidences sonores qui ne trompent pas.

On trouve ici les voix qui viennent se poser sur une vague électrique, comme surfant sur une lame de fond (que ce soit celle de Linda ou un des frangins d’ailleurs). Il y a cette guitare qui soutient une nappe électrique, qui remplit l’espace à coup de deux accords soutenus, distordus et réverbérés. Cette même guitare d’atmosphère avec laquelle joue de temps à autre le riff mutin et tellement blues. Il y a les grelots de soutien, frappés métronomiquement, récupérés depuis par toute la pop anglaise, et la batterie roulante, quasi électronique, qui invite à onduler façon Beach Boys. Il y a cette incommensurable capacité à faire d’une petite chanson, en apparence anodine, un titre qui fait se remuer, et qu’on se surprend à fredonner malgré une pas si évidente structure. Il y a aussi, un peu, de cette nostalgie qui nous fait repenser que Jesus and Mary Chain on les découvrait il y a une grosse quinzaine d’année, et que toute notre vie d’auditeur de rock doit beaucoup à ces découvertes d’athénée (lycée).

Il y a de tout cela, mais pas trop. Little pop rock n’est pas une perle de plus à la légende. Ceci dit, ça tombe bien, puisque ce n’est pas un album de Jesus and Mary Chain, mais d’un groupe de fans dévots emmenés par une fille. Et cette dévotion ne démérite pas vraiment par rapport aux parutions légendaires. Un tout bon album de Sister Vanilla. Sans doute le seul groupe capable de faire revivre, presque intacte, un peu de la magie de notre adolescence rock. Et pour cause.

Denis Verloes

Tracklist

01. Pastel Blue
02. Jamcolas
03. Slacker
04. Delicat
05. Can’t Stop the Rock
06. Kissaround
07. What Goes Around
08. K to Be Lost
09. Angel
10. Down
11. TOTP
12. Two of Us

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