Chroniques Express 38

denims.jpgChroniques de : Colleen, Magic Bullets, Lady Palavas, Fridge, Ulan bator, Maximilian Hecker, Volo, Help She Can’t Swim, v/a Citizen records, Outlines, v/a Compost rec, Nina Nastasia & Jim White, Julia Kent, Radio Slave, Handsome Furs…

Colleen – les ondes silencieuses
Débarrassée du sampler, et plus que jamais ouvertes aux instruments classiques de l’âge baroque, Colleen nous convie à  un voyage dans la passé avec un disque joué principalement à  la viole de gambe et à  l’épinette. Une démarche qui rappelle celle de Yann Tambour qui, avec son projet The Stranded Horse nous présentait un album joué essentiellement avec un instrument africain : la kora. Plus classique, et dénué de tout tonalité pop, »les ondes silencieuses » est un disque austère, presque monacal qui aurait, pour le coup, plus sa place sur les ondes de France Musique que dans l’émission de Bernard Lenoir. Ce qui n’est évidemment pas une raison suffisante pour bouder un album venant d’une artiste qui s †˜est souvent révélée passionnante au cours de ces dernières années. Un disque, en tout cas, qui montre l’audace et la rigueur d’une artiste mais aussi d’un label : leaf records qui tentera avec cette sortie d’ouvrir un peu plus l’horizon musical de ceux qui ont leur ont fait confiance avec les géniaux Murcof et Caribou. (3.0)
Benoît Richard
leaf label – mai 2007

Magic Bullets – a child but in life yet a doctor in love
De temps en temps le label américain Words On Music revient nous donner quelques nouvelles avec des sorties d’albums qui sonnent souvent années 80 et pour cause, puisque certaines sont des rééditions de l’époque (The Lucy Show, par exemple). Les Magic Bullets sont eux bien une formation d’aujourd’hui, et la production à  elle seule peut en attester. Pour le reste, effectivement, on pense tout de suite aux Smiths, aux Stanglers, aux talking heads. Mais une belle brochette de références ne fait pas forcément un grand disque. Et même si l’album n’a rien de détestable et s’écoute sans déplaisir, on craint malheureusement que tout ça passe inaperçu et manque cruellement de personnalité. (2.5) Benoît Richard
www.myspace.com/magicbullets

Lady Palavas – agent secret
Il y a quelques années, ce disque aurait sans doute connu un succès plus grand et conquis un public plus large. A une époque où le label Tricatel était le label français le plus en vue avec des albums plus séduisants les uns que les autres signés Burgalat, Aprile March, Valérie Lemercier ou Michel Houellebecq. Mais voilà , les modes passent et Tricatel est aujourd’hui en en sommeil prolongé et beaucoup de fans sont passés à  autre chose. Ce qui n’est bien sûr pas une raison suffisante pour bouder l’album de Lady Palavas qui, même s’il ne bénéficiera pas de la vague, devrait pouvoir conduire ceux qui écoutent encore leurs albums Tricatel à  en faire l’acquisition. Charmant, léger et estival, agent secret est un disque qui plait, qui amuse, avec des textes second degré et une musique pop sixties (certains diront lounge pop-easy..) brillante. Allez, laissez-vous séduire par Lady Palavas vous ne le regretterez pas. (3.0) Benoît Richard
Hydrophonics – 2007 www.ladypalavas.com www.myspace.com/ladypalavas

Fridge – The sun
Jazz ? free-jazz ? Post-rock difficile de ranger dans une case le nouvel album de Fridge tant ce dernier renvoie à  différents courants musicaux sans pourtant se ranger véritablement dedans. Fridge c’est le projet parallèle de Kieran Hebden (Four tet) qui, en compagnie de quelques amis produit un post-rock remuant et sans barrière, dans la lignée de ce que pouvait faire Tortoise il y a quelques années. Sans nouvelle du groupe depuis 1999, année durant laquelle on avait alors découvert leur quatrième album Hapiness, le trio revient aujourd’hui avec The sun, toujours sur Temporary Residence (Grails, explosion in the sky, eluvium ») mais chez Domino pour l’Europe. Ici grande place est donnée au rythme, à  la batterie, sur lesquels veinent s’appuyer, piano, guitare, percussions diverses et sonorités électroniques, pour un album chamboule-tout qui sent bon l’improvisation. Et si l’approche peut paraître un peu raide au départ, l’album gagne en rondeur et en musicalité au fil des titres et laisse à  la fin une belle impression, celle en tout cas d’un disque chaleureux et sensible mais qu’il faudra savoir apprivoiser. (3.5) Benoît Richard
Domino records/Pias – 2007

Ulan bator – ulaanbaatar
Ulan bator n’a sans doute jamais eu la reconnaissance d’un Tortoise ou GYBE, sans doute parce que le groupe a toujours navigué en eaux troubles, refusant tout compromis et préférant la plupart du temps les aventures expérimentales et soniques plutôt que les musiques plus accessibles. Aujourd’hui, ulaanbaatar 1993-1998, sous-titré a selection of unreleased works, permet de jeter un coup d’oeil dans le retro pour se rendre compte à  quel point l’oeuvre musicale de ce groupe pouvait être radicale avec des titres, qui plus est, ici présentés dans des versions brutes. Plutôt qu’une compilation best-of du groupe, ce ulaanbaatar est plus destiné aux fans du groupes qu’à  ceux qui voudraient découvrir sa musique en 2007. Pour ces derniers, on ne pourra que conseiller l’acquisition de Vegetale (1997), pierre angulaire de la discographie du groupe. (3.0) Benoît Richard
Ruminance – 2007 www.ulanbator-archive.com

Maximilian Hecker – I.’ll be a virgin, I.’ll be a mountain
On faisait jusque là  partie de ceux qui appréciaient beaucoup le bonhomme né à  Baden Würtenberg et émergé de la scène berlinoise quelque part en 2001. Torturé, spleenétique et romantique, il réussissait à  nous apporter la jolie dose de blessure et de fêlure dont tout ex étudiant en lettres a besoin au long de sa vie, qui n’a rien de la tour d’ivoire dans laquelle il imaginait évoluer. Sauf qu’à  trop tirer sur la corde de notre côté fleur bleue, la cruche qui allait jusque là  à  l’eau des larmes de nos amours perdues se brise »Et il ne reste plus sur cette éternité montagnarde, sur cette pureté virginale, que le constat qu’on a déjà  dressé précédemment sur la discographie de mettons, The Divine Comedy. A toujours faire vibrer la même corde, à  s’adjoindre ou retrancher des musiciens opérant le même artifice »On en vient à  ressasser sempiternellement la même mélodie. Et le nouvel opus de Maximilian Hecker apparaît comme un facsimilé plus arrangé, plus produit, moins inspiré de lui-même. Et s’auto-parodier à  vingt neuf ans, quelle faute de goût. On ne comprend même pas que le bio nous avance James Blunt ou Chris Martin comme des référents présentables à  cet album, et on n’est même pas sensés tiquer. On attend que ce Julien Sorel d’un genre nouveau se décide à  tirer enfin sur madame de Rénal. En attendant, on passe notre chemin. (1.5) Denis Verloes
V2/Warner – Sortie le 23/10/2006

Volo – Blancs manteaux à  Volo
A la sortie de l’album qui se voit ici décliné en live, on disait ce qu’on pensait de  » ni bien ni mal  » à  l’endroit des frangins Volovitch. Un passé de régisseur et musicien pour les Wriggles, la capacité de créer des petites chansons tâtant de la vie quotidienne ou des pamphlets contestataires »Tout pour faire de Volo un de ces groupes dont la France a le secret, à  l’instar des VRP, Wampas, Tryo et Sinse, Massilia sound system, Didier Super, les Hurlements de Léo, les têtes raides, Les frère Misère »et bon la Belgique aussi avec ses Daniel Hélin et autres Roger Binamé : Autant de régionaux de l’étape longtemps cantonnés à  ravir les chambres d’ados essaimées au quatre coins de la France, et à  se forger de pures réputations scéniques dans les festivals locaux dont on aurait bien du mal à  lister ne fut ce que la moitié. Difficile de savoir ce qui fait le charme de Volo, peut-être et sûrement, parce qu’on est quant à  nous sourds à  cette démarche, à  ce style de vie, à  ce style de groupes. Mais force est de reconnaître que dépouillés de tout artifice, livrés à  deux guitares devant un parterre parisien conquis, les titres de bien zarbos acquièrent sur scène une immédiateté et une évidence qui leur donne une certaine sympathie. Et du coup le medef, notre brûlot déjà  précédemment préféré, acquiert ici une certaine intensité offerte par la prise directe. Pas suffisant quant à  nous pour avoir envie d’y revenir souvent, mais on comprend sans doute un peu mieux pourquoi ce type de formations ont un succès d’estime hexagonal. (2.5) Denis Verloes.
Opera Music – sortie septembre 2006

Help She Can’t Swim – The Death Of Night Life
The Death Of Nightlife est le second album des anglais de Help She Can’t Swim, un groupe de jeunes rockers comme il en existe des dizaines et qui proposent ici un rock sonique, quelque part entre Placebo, Sonic Youth et les Klaxons. Les guitares sont aiguisées, la chant est rageur, les chansons s’enchaînent à  100 à  l’heure, bref, ça bourre, c’est le brasier sonore pendant un peu plus de 35 minutes mais c’est pas sur que ça passe l’été. (2.5) Benoît Richard
(Fantastic Plastic/PIAS) – 2007 www.fantasticplasticrecords.com

v/a Citizen records – Villa rouge vol. 4
La célèbre boite de nuit montpelliéraine (où Louis Nicollin n’a pas du amener souvent ses joueurs cette année vu les piètres résultats de l’équipe), sort déjà  sa quatrième compilation avec des titres, pour la plupart, inédits, le tout mixé par les résidents maison que sont Shokers, Jun-X et Lorent Air. Au programme que du bon, avec notamment quelques petites bombes techno dans bien dans la mouvance nouvelle french touch (Teenage bad girl ») mais aussi avec des choses plus classiques mais néanmoins irrésistibles comme Philippe Katerine et son fameux Louxor. Bref du son neuf, et des tracks de haut de gamme sur le label Citizen duquel on en attendait pas moins. (3.5) Benoît Richard
Citizen/nocturne – 2007

Outlines – Our lives are too short
Décidément riche en sorties, le label Sonar Kollektiv nous gratifie cette fois d’un album place sous le signe de la soul, du hip hop, sur lequel on retrouve le trio Irfane, Jerome Hadey, Jay1 accompagné d’un featuring assez impressionnant : RZA, Adb AL Malik, DJ Mehdi. Une belle équipe pour nous offrir des titres grrovy, funky, plus veloutés les uns que les autres, pétris de bon vieux samples, aux mélodies imparables à  la fois dansants, et chantants ! Bref Our lives are too short est un album ouvert, accessible à  tous, à  écouter en voiture ou entre amis à  la maison. Oui, oui fort recommandable ! (4.0) Benoît Richard
Sonar Kollektiv/Nocturne – 2007

v/a Compost rec. – Black label vol2
On aurait presque envie de dire à  l’écoute de cette nouvelle compilation du label allemand Compost que décidément plus rien n’est comme avant chez ces amateurs de bossa nu-jazz. Bon, on veut bien croire que le genre a un peu perdu la main ces dernières années, mais franchement on ne pensait retrouver Compost sur ce créneau techno/disco old school déjà  exploité par de nombreux labels avant lui. Alors, faisons fi des barrières et plongeons nous dans cette compilation qui mélange astucieusement vieux titres vintage productions actuelles. Rien d’énorme dans tout ça, non, simplement une poignée de titres plutôt bons faisant la liaison entre passé et présent avec une certaine cohérence… ce qui n’est déjà  pas si mal. (3.0) Benoît Richard
Compost/Nocturne – 2007

Nina Nastasia & Jim White – You follow me
On attendait pas forcément si vite le retour de Nina Nastasia sur nos platines. Du coup ce projet conjoint avec le respectable Jim White nous ravit au plus haut point et nous permet de retrouver une fois encore cette petite bonne femme qui chante l’Amérique profonde comme personne. Avec à  la baguette, le fidèle Steve Albini, You Follow me nous propose un folk habité, une rencontre entre la voix douce de Nina et la batterie épaisse et ominiprésente de Jim White. Plutôt dépouillé, l’album que l’on imagine vite écrit, vite enregistré, a l’authenticité de ces disques faits maison qui nous disent que la qualité de la musique ne se compte pas forcément en prix de journée d’un studio d’enregistrement. Cousine de Chan Marshall, Lisa Germano ou de Shannon Wright, Nina Nastasia et son compère nous offrent ici dix jolis titres, assez secs mais très beaux qui, s’ils n’ajoutent rien de plus dans l’univers déjà  passionnant de cette fille, ont le mérite de proposer une variation intéressante de son répertoire déjà  conséquent. (3.5) Benoît Richard
Fatcat records/Pias – 2007

Handsome Furs – Plague Park
Echappé du groupe canadien Wolf Parade, le chanteur-guitariste Dan Boeckner s’associe ici avec sa petite copine Alexei Perry pour un projet entre pop, folk et électro qui ne manque pas d’intérêt et qui arrive même à  nous émouvoir sur certains titres. Si Dan Boeckner n’a pas le talent et la folie d’un Beck, en revanche, sa capacité à  écrire de bonnes chansons n’est pas à  mettre en doute sur cet album sur lequel au moins quatre titres peuvent prétendre au rang de single digne de ce nom. Reste le coté sombre du truc, le manque de glamour et la voix foncièrement triste du garçon (on pense à  David Eugene Edwards de Woven hand) qui plombent un peu l’ensemble mais qui n’enlève rien aux qualités intrinsèques de ce court et sympathique disque. (3.5) Benoît Richard
Sup pop/pias – 2007

Radio Slave – Misch masch
La série Misch Masch en est à  son quatrième volume et fonctionne toujours sur le même principe : un cd mixé et un autre cd reprenant des remixes des artistes invités. Et ça marche ! Matt Edwards ici aux commandes, nous convie à  un set placé sous le signe de l’élégance et du raffinement avec des titres originaux signés Radio Slave (on est jamais si bien servi que par soi-même) mais également d’autres en provenance de chez Trentemoller, Booka Shade, Roman Flügel, Ricardo Villalobos »bref que du beau monde et des titres minimalistes en veux tu en voilà  où les beats et les motifs sont réduits à  leur plus simple expression avec quelques micro mélodies qui surnagent ici ou là . Bref, un double cd destiné avant tout aux amateurs du genre minimal techno. (3.5) Benoît Richard
Fine/Nocturne – 2007

Julia Kent – Delay
Le label suisse Shayo nous propose de faire connaissance avec une violoncelliste originaire de Vancouver au canada, installé à  New-York. Musicienne pour des gens tels que Antony & The Johnsons, Devandra Banhart ou Rufus Wainwright, elle nous propose aujourd’hui un album de musiques inspirées par les aéroports et tous ces lieux de transit où des milliers de gens se croisent sans se voir. Cinématographique, la musique de cette demoiselle séduit d’emblée à  la fois par sa profondeur et sa légèreté. Car même si le violoncelle reste l’instrument principal constituant les morceaux de l’album, il ne devient jamais pesant au fil des titres. Sans doute parce que Julia Kent est parvenu à  créer une atmosphère, une tonalité différente d’un titre à  l’autre. Malgré tout, l’ensemble fait bloc du début à  la fin et reste très cohérent. Au final, un album très beau, très riche, qui évoque aussi bien le cinéma de Chabrol, les musique de Georges Delerue que celles plus contemporaines de Johann Johannsson ou Max Richter. (4.0) Benoît Richard
Shayo – 2007

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