Arnaud Michniak – Poing perdu

Si nous avons été fans inconditionnels, chez Benzine, de l’album #3 de Diabologum, les avis divergent lorsqu’il est question de parler de la carrière d’ Arnaud Michniak, avec les désormais défunts Programme. Son premier album solo porte bien son empreinte et pousse plus loin encore sa démarche de déconstruction. Forcément, le résultat n’est pas fédérateur. [...]

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Arnaudmichniak.jpgSi nous avons été fans inconditionnels, chez Benzine, de l’album #3 de Diabologum, les avis divergent lorsqu’il est question de parler de la carrière d’ Arnaud Michniak, avec les désormais défunts Programme. Son premier album solo porte bien son empreinte et pousse plus loin encore sa démarche de déconstruction. Forcément, le résultat n’est pas fédérateur.

Le moins qu’on puisse dire c’est qu’Arnaud Michniak aura su se faire désirer et faire bisquer les chroniqueurs. Trois ans d’attente pour accoucher d’un album de 23 minutes: qui d’autre aurait pu le tenter? Mais bon le mot album a-t-il vraiment un sens ici. On dirait expérience, si personne ne se mettait à croire que nous tentions un jeu de mot vaseux lié au groupe de son ancien acolyte Cloup. Parce que c’est moins un disque que le résultat d’un nouveau mode d’expression exploré par son auteur, auquel à droit l’auditeur. C’est que depuis deux ans, Michniak s’essaie aux projets audiovisuels. En effet, il a intégré l’école supérieure d’audiovisuel de Toulouse. Dans ce cadre, il a créé des mini-films. Une de ces créations consistait à mettre en scène un groupe de loulous volant la caméra de touristes japonais et se piquant de s’improviser réalisateur. Une des suites de ces premiers essais voyait les mêmes personnages repartir au volant d’une voiture affublée d’un porte-voix, que les jeunes hommes se seraient mis à filmer avec le fruit de leur larcin; sillonnant le pays au volant de cet étrange équipage et récitant pour qui ne veut pas les entendre, des slams improvisés sur le moment, au vécu, au visu.

Cette visite en milieu filmique a permis de concrétiser la rencontre entre Mathieu Copeland, amateur d’art bien réel, et Arnaud Michniak. Le premier s’engage à fournir la bande son-film-scénario pour une exposition de Loris Gréaud à Hong Kong; le second, séduit, décide de diffuser de petites quantités d’un DVD figeant sur support, les aventures de la bande imaginée par l’apprenti réalisateur. De cette aventure Michniak sort avec l’idée d’un album. Partant des textes écrits pour l’expo, il les perpétue, les développe et les fait prendre des chemins de traverse. Poing perdu est né, fruit d’une longue démarche artistique et de découverte de nouveaux horizons.

Et une première écoute du résultat, sans connaissance de son hagiographie, nous fit nous demander s’il ne s’agirait pas d’une bande originale, tant les morceaux semblent soutenir un autre objet, une vie, qui ne nous serait pas présentée sur CD. Résultat d’un passé récent de son auteur, sans doute. Mais que les amateurs de la première heure se rassurent, on retrouve sur poing perdu ce qui fut la marque de fabrique de Michniak. La voix de son auteur nous attrape rapidement, avec son phrasé si caractéristique, proche du slam (jadis inconnu du grand public, aujourd’hui abondamment médiatisé et tiré du seul côté du hip hop). Il y a aussi son accent toulousain, si caractéristique, jamais vraiment chantant jamais vraiment agressif, mais rarement plein de vie. Arnaud Michniak délaisse l’électronique de Programme et revient à la guitare qui lacère, râpe et érafle. Pas vraiment façon morceaux standard, plutôt brûlot, caillasse balancée comme d’hab à la gueule de l’auditeur. Comme ça, juste pour le titiller, lui rappeler que le réel n’est pas folichon et que nous sommes anesthésiés à force de ne pas vouloir nous poser de question. La guitare vrombit, métallique, métronomique, cybernétique, sans âme ou trop plein de réalisme. Les orgues soutiennent, comme une homélie funèbre jouée par un pianiste atteint de la rage. L’électronique dispense d’inquiétantes sonorités de soutien. Michniak se veut à la fois solitaire et allégorie de tous (peuple sans visage) à la fois révélateur et reflet des facettes d’un monde moderne -a travers les gens comme au fond de moi- qu’on a pas envie de voir, d’une vie sur laquelle on craint de trop se questionner: « personne ne m’arrêtera car je vais nulle part ».

Pourtant… pourtant, malgré la révérence qu’on esquisse bien volontiers au chef de file, on ne peut s’empêcher de ressentir par moment, dans le schéma d’un jeu de guitare qui rebondit d’un titre à l’autre ou au travers une litanie qui boucle sur plusieurs titres; comme une sale attitude de chroniqueur de merde… Pourquoi cette image hasardeuse alors qu’on l’a connu plus précis dans l’incision, pourquoi cette mécanique motrice de la guitare quand on aurait préféré un grincement, un scalpel. On est convaincu par le retour de l’ex-diabologum: il s’introduit dans notre maison, notre ciboulot, avec son « tricks or threat » à lui… mais là où on s’attendait à ce qu’il arrache les gonds du placard où on a tous notre squelette caché, qu’il nous tire du canapé où on s’abrutit de cathodisme pour éviter de se repenser, qu’il nous enfonce le nez dans notre macchabée pourri afin de nous réagir… Il se contente de se placer bien en évidence, la main sur la poignée, se satisfait de nous voir flipper. Puis l’air de rien, il entrebaille la porte qu’on croyait qu’il allait envoyer valdinguer. Il se retourne et s’en va, 23 minutes plus tard, nous laissant la porte légèrement ouverte mais toujours dans la possibilité de nous voiler la face. Dommage. A force d’en attendre toujours plus percutant, on arrive à ne plus nous contenter de ce qu’on a.

Denis Verloes

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Ici d’ailleurs

Tracklist
01. Poing perdu I
02. J’attends
03. Mille voix
04. Mourir idiot
05. Je suis le peuple sans visage
06. Poing perdu II
07. A travers les gens comme au fond de moi
08. Poing perdu III

Durée: 23′
Date de sortie: 18/06/2007

Plus+
Le site officiel
Les vidéos sur Dailymotion
Les vidéos sur Youtube
Un enregistrement de « A travers les gens comme au fond de moi » pour Le Cargo

Le site de Mathieu Copeland

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L'Auteur:

Denis Verloes

Un jour, dans un bar de Jette, à Bruxelles,  alors qu'il lit un fanzine musical de la capitale- Denis se dit que ça doit être sympa d'interviewer des artistes. Puis Denis entame des études de lettres et n'a jamais assez de place dans son sac pour y mettre tous les CDs empruntés à la médiathèque nationale. Un autre jour, il décide qu'il va devenir Jay Mc Inerney, mais il se rend compte que la place est déjà prise. Alors il rencontre Benoît Richard par mail et décide de collaborer à Benzine Magazine. 9 ans que ça dure. Certains aiment, d'autres non.

  • http://www.lecargo.org/ Sfar

    j’aime beaucoup cette chronique, très juste et si joliment écrite et je comprends tout à fait la petite retenue finale
    Les liens proposés sont excellents ; )

  • gringo

    Enfin un texte un peu sensé car l’hagiographie (on a beau aimer les gens) et le suçage de dossier de presse, ça va un peu… Je suis la démarche d’Arnaud Michniak avec intérêt, étant tout de même un peu nostalgique du #3 (fichu album qui m’a fait découvrir la maman et la putain, entre autres plaisirs un peu douloureux), mais pour ma part, je trouve que même certains titres de Diabolo donnait un peu dans la chronique nihiliste qui se pose un peu là … Malgré toutes les qualités qu’on trouve par ailleurs, j’ai toujours quelques réticiences vis-à -vis de cette posture assez complaisante. Un peu le même travers que je trouve d’une autre manière, l’arrogance en moins (semble-t-il), chez Mendelson… mais bon, on a les défauts de ses qualités

  • http://www.myspace.com/jeanflipe Jeanflipe

    Un extrait du live d’Arnaud Michniak au Point FMR, ‘Mourir Idiot’ :
    http://www.vimeo.com/380903

  • http://myspace.com/jeanflipe Jeanflipe

    Un autre, d’11 minutes, avec projections-vidéo, ‘Journal des Visages Flous’ :
    http://www.vimeo.com/634158

  • Brice

    Une vraie belle chronique.
    Le dernier paragraphe sonne très juste à mes yeux. « L’image de l’homme bien en évidence, la main sur la poignée, se satisfaisant de nous voir flipper »
    Merci Denis, merci Arnaud.

  • Pingback: Benzine Magazine » Questionnaire de Proëst – Programme

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