On nous l’a matraqué dans à peu près tout ce que la francophonie compte encore de presse musicale papier. Tom Rowlands et Ed Simmons, aka The Chemical Brothers, reviennent dans les bacs. La presse nous le vend comme le grand retour aux affaires des petits bonshommes chimiques, dans la lignée des trois premiers album (exit planet dust, dig your own hole et surrender). Qu’en est-il réellement à l’écoute de ce nouvel opus, une grosse dizaine d’années après avoir inventé un style -techno, big beat- qui a cru puis semblait décédé au fil des albums et des suiveurs moins inspirés?
Les Chemical Brothers sont des garçons fidèles. A leur credo musical d’abord. Après l’amie Beth Orton ou Noël Gallagher quand il fut encore hype, voici que le duo s’entoure à nouveau de l’air du temps. Ainsi donc, puisque la Grande Bretagne se meut au son des Klaxons, ce sont ces gars là que Rowlands et Simmons vont chercher pour poser leur voix sur les mélodies synthétiques. Choix judicieux puisque justement ces jeunes là ont du vivre leur premier émois sur la musique des Brothers du début, et sont un peu à la danse de 2007 ce que leurs aînés furent à la génération de 1997. Ca pose une paternité évidente et ça évite de se lancer un affrontement sur le dancefloor, sorte de querelle des anciens et modernes à la sauce électronique. Et puis quand il s’agit d’apaiser son propos, de préparer sa descente de façon fort tendance, on convie Midlake pour un the pills won’t help you now sorte de version électronique du Drugs don’t work de The Verve. Le moins qu’on puisse dire c’est que le Chemical Brothers savent humer l’air du temps pour rester dans le coup.
Et comme à chacune des apparitions du duo, les featuring de premier plan prennent vraiment bien. L’album débute par une montée de quatre/cinq titres, effectivement dans la plus pure tradition des Chemical Brothers, remise au goût du jour. Le travail avec les Klaxons sur All rights reserved est somptueux. De la vraie bombinette à dancefloors, pas à tortiller, ou plutôt si, mais du popotin. Un titre qui devrait faire date pour les deux Britanniques. Un titre d’ailleurs fort bien amené par une intro dans les règles, qui monte doucement, à l’ancienne; et par un un We are the night qui fait effectivement songer à surrender, leur troisième album. On se remet dans l’ambiance du festival où on les avait vu à l’époque; où à partir d’une boucle définie, identifiée comme l’ossature d’un tube, ils se piquaient de venir porter toutes sortes de lectures, têtes sautillantes derrière une énorme console. Il en est de même pour le quatrième et cinquième titre, qui sont construits sur un gimmick immédiatement retenable. Du Chemical Brothers d’avant, on se dit. Avec juste un rafraîchissement des méthodes sonores, plus râpeuses, plus volontairement synthétiques, un chouille sombre et un chouille new wave, parce que c’est comme ça qu’ils envisagent 2007.
Et puis, ben c’est justement là que notre attention retombe. Passé le sixième titre et jusqu’au final très romantique avec Midlake, Chemical Brothers explore des ryhtmes plus apaisés, des flow un peu hip hop un peu Modest Mouse. De la techno Chemical Brotherienne qui n’innove pas, en roue libre, tendance apaisée; courant après le temps qui passe et faisant comme si on les découvrait aujourd’hui, en faisant fi des cinq albums qui sont passés avant. Rien à reprocher, rien à contester, mais pas de quoi non plus porter les Brothers au pinacle des groupes qui se renouvelent en se poussant en avant. En même temps, dans la mesure où ils ont mis tout de suite la barre très haut, répéter un peu de la formule géniale qui les a fait exploser fin des années 90, c’est quand même faire largement mieux qu’une nuée de suiveurs sans âme, et ça fait toujours une bande son évidente pour nos trémoussements du samedi soir, la bière à la main, sur la piste de danse de notre Macumba indé.
Reste que les six titres qui ouvrent l’album sont de très haute volée; la bombe explosant avec la participation des Klaxons. Après c’est juste du plaisir, celui de retrouver inchangés des vieux potes de fac, mais regrettant de les entendre encore raconter, pour la n ième fois comment on a vomi en sortant de la salle des fêtes. Pas de l’exstase, du plaisir, un peu mélancolique, mais du plaisir quand même. Jusqu’au final qui frôle l’éther avant d’amorcer notre descente en douceur.
Denis Verloes
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Freestyle Dust / Virgin / EMI
Tracklist
01. No path to follow
02. We are the night
03. All rights reserved
04. Saturate
05. Do it again
06. Das spiegel
07. The salmon dance
08. Burst generator
09. A modern midnight
10. Battle scars
11. The pills won’t help you now
Durée: 59′ 08 »
Date de sortie: 18 juin 2007
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