La Fiancée errante

aff_film.jpgLe cinéma argentin nous a habitués aux road-movies, que l’immensité du pays et la beauté des paysages contribuent largement à  inspirer – on se souvient avec plaisir du récent El Camino de San Diego. Avec le qualificatif errante figurant au titre, on pouvait s’attendre à  un nouvel avatar du genre, contant les pérégrinations d’une jeune fille rejoignant son promis pour convoler en justes noces. Eh bien pas du tout, pour une mièvre comédie sentimentale, il faudra aller voir ailleurs.

Ou plus précisément, s’il est ici question d’errance, ce n’est pas tant d’un strict point de vue géographique que d’états tourmentés de l’âme d’Inès. Une jeune argentine en route avec son copain Miguel pour quelques jours de vacances à  Mar de Las Pampas, la station balnéaire à  la mode du moment. A l’issue d’un voyage où les deux fiancés se disputent en permanence, Miguel abandonne lâchement Inès à  la dernière escale. Pour la jeune femme déboussolée commence le moment douloureux d’accepter cette rupture qui ne dit pas son nom et d’envisager un autre avenir, sans que pourtant elle ait encore la moindre idée de ce qu’il pourrait être.

Second film de la comédienne et réalisatrice Ana Katz, La Fiancée errante se mérite et nécessite de la part du spectateur la patience, sinon l’indulgence, qui lui permettra d’aller au-delà  du comportement obsessionnel et donc très énervant d’Inès (on finit par avoir l’impression qu’une partie du film se déroule dans une cabine téléphonique). Dans la dépression qui couve – dont le harcèlement subi par Miguel dès la scène d’ouverture constitue l’évident fondement – Inès paraît ne plus savoir quoi faire, prête à  se jeter dans les bras du bagagiste de l’hôtel pour peu qu’il le consente et acceptant le soutien non dénué d’arrière-pensées d’un autochtone esseulé et en manque criant d’amour, German un divorcé obèse, second personnage du film qui laisse deviner en filigrane une fragilité sous-jacente. Tout semble participer du malaise de la fiancée délaissée dans cette station étrangement déserte dont on ne voit que les forêts qui la bordent, soudain rendues anxiogènes dans une scène presque anodine, et dont les plages sont vides et peu attrayantes.

On aura beau jeu de dire que La Fiancée errante est un film de sensibilité féminine. Mais Ana Katz, aperçue en 2004 dans Whisky compose effectivement derrière et devant la caméra un personnage juste, dont les réactions et le comportement parfois irritants ne révèlent pourtant que le triste reflet de son désespoir grandissant au fur et à  mesure que s’ancre en elle la certitude de l’irrévocabilité de la situation.
Un film rêche et fragile, donc rare et précieux, qui ne séduit pas d’emblée, mais qui confirme au final le regard acéré et personnel d’une membre de la cinématographie argentine en continuelle renaissance.

Patrick Braganti

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Drame argentin de Ana Katz – 1 h 30 – Sortie le 8 Août 2007
Avec Ana Katz, Daniel Hendler, Carlos Portaluppi

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