Scalpels, de Charles Gancel

scalpels.jpgLa honte, c’est un coup de scalpel, une plaie qui s’ouvre, le sang qui monte au visage, brûle le front et les joues. La respiration et le coeur s’affolent. Une lourdeur insupportable, un recroquevillé général de soi et, comme une pieuvre qui vous fondrait dessus, une solitude atroce. Le temps s’arrête et nous sommes nus devant l’univers qui ricane. Qui n’a pas connu ça ?
Ce n’est pas moi qui le dis, c’est l’auteur. Charles Gancel nous renouvelle le miracle du recueil de nouvelles en offrant à  travers 10 exemples des situations totalement désopilantes.
Personnellement, je crois que l’histoire »Chouquette » qui ouvre ce recueil est la plus percutante et à  pleurer de rire un peu jaune. Chouquette est une tortue minuscule qui a été offerte à  une jeune fille pour son anniversaire, un petit repas est donné qui réunit la famille et le petit ami de la demoiselle, or c’est le gueuleton qui vire en joutes oratoires sur fond de convictions politiques et sociales… la tournure de la journée vaut son pesant d’or !

Les autres histoires, étrangement, n’ont plus le même poids. Il y a bien quelques-unes sympathiques et poilantes (God ou Le script par exemple) mais aussi surprenant que celui puisse paraître, les situations souvent racontées dans ces nouvelles ont un peu goût à  vous glacer le sang (l’histoire du type qui perd la boule et envoie son poing dans la figure de sa femme, l’oncle incestueux, la bêtise insupportable de l’arrogant, ou le jeune lad et son cheval qui meurt dans sa m**de…).
J’ai un peu trouvé qu’on s’échappait du domaine du drôle pour mettre en situations des scènes où la honte est pire qu’une gêne, elle vous sidère, vous force à  chercher un terrier, ou vous semble si pathétique qu’on hésite à  en rire.
Dans son 1er recueil, Charles Gancel avait été époustouflant et pince-sans-rire. Cette fois-ci, il nous offre un nouveau panel de circonstances cocasses et dérangeantes, à  travers lesquelles le comique n’est plus de mise. Avec son titre »Scalpels » il annonce clairement son intention d’être tranchant et radical. Tantôt, ça fonctionne à  merveille, tantôt on grince des dents… mais c’est vrai qu’on oublierait presque c’est tout ça, la honte, aussi. Du rire, du malaise, de la déconvenue, du repentir… Continuez de lire Charles Gancel après avoir gobé »Les oeufs » !

Stéphanie Verlingue

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Buchet Chastel – 192pages, 14€¬
Parution : février 2007

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