Art Brut - It’s a bit complicated
Il y a deux ans, Art Brut déboulait au milieu d’une kyrielle de groupe se piquant de révitaliser le pop/rock et le post punk en un seul et même élan. Dans le lot, Art Brut détonnait. Essentiellement d’ailleurs par la personnalité étrange et quasi filmique de Eddie Argos, sorte de M vs Burgalat à l’anglaise en version Underground. Le nouvel album est du même tonneau. Et hormi la surprise un peu éventée, il s’agit d’un très bon cru.
On a dit mille fois qu’on se sentait vieux dans le suivi des modes musicales. C’est encore le cas avec it’s a bit complicated de Art Brut. On lit les commentaires de fan sur leur myspace, on repère l’une ou l’autre chronique dans un magazine papier établi… et on se rend compte qu’on est pas tout à fait en phase avec les analyses qui parlent en long en large et en travers de post punk énergique etc. Ce n’est pas qu’on nie cette composante dans ce nouvel album: le rythme est enlevé, les guitares acérées et le son bien pourri comme il faut quand on est un punk qui se respecte (The Rakes…). En outre, il y a l’immédiateté, un envoi de bois en bonne et dûe forme ainsi qu’un emballage des 11 titres dans un souffle de vent rageur. En cela on est totalement raccord. Mais ce n’est pas tout, à notre humble avis, question référence.
D’abord, on ne s’étonne pas de songer à Jarvis Cocker: quand un chanteur britannique se met à partir de son quotidien pour composer des mélodies universelles, c’est bien sûr au leader de Pulp qu’on a envie de faire référence. Même si on pense plutôt ici à quelque vilain garçon, diablotin sorti d’une boîte en lieu et place d’un dandy francophile.
Mais là où on se rend compte qu’on devient vieux, un peu; c’est qu’à l’écoute du très enlevé it’s a bit complicated on se met à rappeler des écoutes du milieu des années 90. Ash d’abord. On convoque les Irlandais en comparaison, parce qu’on croit pouvoir comparer l’énergie punk et un poil métal qui se dégage des deux formations, canalisées en pop songs évidentes et rapidement entêtantes. Shed Seven ensuite, époque maximum high pour le subtil mélange de britpop et de guitares saturées qui en jettent dans l’overdrive, tentant de couvrir la voix du chanteur et imposer le gimmick. Pour le côté hype aussi d’un genre qui est aujourd’hui ce que fut la britpop jadis. Bizarre que ça nous saute aux yeux de manière aussi évidente. Trop vieux, c’est sûr.
Reste que qu’importe à qui ou quoi il fait penser, parce qu’il y fait bien sûr penser: n’en déplaise au liminaire du site du groupe qui clame haut et fort son originalité. La réussite n’est pas là. Non. Au delà d’une méthode déjà usitée ailleurs, le groupe réussit pourtant un album à son image. Une sorte de condensé, sur galette, d’une énergie pure difficilement canalisée (et qui dit-on prend tout son sens en live). Les titres s’enchaînent sans aucune baisse de régime, dans une unité de ton et de forme impeccable, comme une boule d’énergie, portée à bout de bras par le chanteur et frontman fantasque Eddie Argos. Une boule d’énergie qui essaie de retranscrire sur disque ce que peut être l’énergie live du groupe.
Argos est le liant à la fois vocal, esthétique et thématique de sa formation. L’ensemble fournit le “petit quelque chose en plus” qui donne envie de réécouter l’album, de le remettre sur la platine et de placer Art Brut dans le petit nombre de formation qu’on a envie de sauver pour l’avenir. Même si… même si son flow, plus parlé que réellement chanté (un peu comme Phil Daniels dans le parklife de Blur), risque d’agacer certains des auditeurs qu’on ne saurait blâmer.
Denis Verloes
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Mute / Labels / EMI
Tracklist
01. Pump Up The Volume
02. Direct Hit
03. St Pauli
04. People In Love
05. Late Sunday Evening
06. I Will Survive
07. Post Soothing Out
08. Blame It On The Trains
09. Sound Of Summer
10. Nag Nag Nag Nag
11. Jealous Guy
Durée: 33′ 09”
Date de sortie: 19 juin 2007
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