Le metteur en scène de mariages

aff film_6.jpgLe nouveau film de Marco Bellocchio, un des derniers grands cinéastes italiens après la disparition cet été de Antonioni, est une vertigineuse et absconse mise en abyme qui réfléchit entre autres sur la situation de l’artiste et sa place dans la société.

C’est ainsi que Bellocchio filme Franco Elica, lui-même un réalisateur illustre qui reçoit ses jeunes comédiennes sur rendez-vous et se fait donner du Maître – on pense ici aux démêlés que connut Jean-Claude Brisseau – qui a le velléitaire projet d’adapter un chef d’oeuvre de la littérature italienne et qui pour l’instant se borne à  capter le mariage de sa fille qu’il scrute d’un regard affligé et hébété – une attitude qu’il ne quittera guère de tout le film.

Y compris lors d’une escapade sicilienne où il rencontre un vidéaste amateur et thuriféraire chargé par le prince local et désargenté de filmer le prochain mariage de sa fille. Devant la platitude des premiers essais du vidéaste, le prince demande à  Elica de prendre la direction des opérations, mais celui-ci tombe amoureux de la future épouse.
Le metteur en scène de mariages est un film surréaliste et baroque, aux digressions nombreuses et oniriques, que tout esprit cartésien s’empressera de passer outre. Comme le dit le prince – interprété par un Sami Frey vieillissant et hiératique – un artiste est souvent un idiot juste doué à  percevoir et à  être visionnaire. Ce qui casse en effet le mythe de la grande figure charismatique d’un artiste qui semble ici mégalomane et libidineux, disposé pour d’autres à  mettre en scène sa propre mort (fictive) pour une reconnaissance posthume.

C’est aussi un film à  l’italianité omniprésente : somptuosité des palais, poids de la religion, airs d’opéra, belles femmes et classe naturelle et altière des personnages. Heureusement, Bellocchio n’oublie pas d’instiller un humour corrosif parfumé au non-sense qui allège un propos souvent fumeux, pour ne pas dire incompréhensible à  l’image de l’inclusion de ces extraits de film (encore un autre) à  moitié fantastique.
Il y a bien sûr un côté bunuelien dans cette façon d’entremêler le ludique au surréalisme mais, au-delà  du thême abordé, le premier (le seul ?) plaisir à  aller voir Le metteur en scène de mariages réside avant tout dans son esthétisme presque désuet, comme hors d’âge. Une curiosité en quelque sorte…

Patrick Braganti

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Comédie dramatique italienne de Marco Bellocchio – 1h40 – Sortie le 22 Août 2007
Avec Sergio Castellitto, Donatella Finocchiaro, Sami Frey

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