Soy un caballo - Les heures de raison
Discrètement, après avoir très largement joué le jeu du web via leur imagerie chevaline, les Belges de Soy un caballo délivrent leur première galette. Thomas Van Cottom et Aurélie Muller s’y placent sous la coupe du songwriting français indépendant et des High Llamas. Ils délivrent un album charmant, réalisé en partie “à la maison”, compère d’un après-midi cocoonant.
“Denis, Voici (…) notre premier album. Moins stress que Katerine, plus enfantin que Boogaerts et plus anglophone que Tortoise. (…) Thomas.” C’est en ces termes et avec humour que Thomas Van Cottom (ex-batteur de Venus, mais vu le nombre d’années maintenant, m’est avis que ce qualificatif doit le saôuler un peu) présente, sur une très jolie carte postale que n’aurait pas renié la peinture flamande de Pierre Brueghel, le nouvel essai musical réalisé avec sa compagne Aurélie Muller (ex-bassiste/chanteuse des défunts Melon Galia). Un album qui est pour nous synonyme de prise de nouvelles d’amis depuis longtemps perdus de vue, et de concrétisation d’une démarche esthétique que les myspace-visiteurs ont vu germer depuis plusieurs mois. Une formule visuelle, résolument tournée vers le romantisme, qui met en scène un couple mi-femme mi-cheval, au travers de scènes historiques, de photos-montages sépia, et même d’une once de kawaï.
Dès avant l’écoute, la démarche esthétique est évidente. Elle perpétue sur disque les présages du web. On ne peut, dès avant de poser l’album sur la platine, que passer un peu de temps en compagnie du très joli digipack (un truc qu’on vendait au siècle passé avant le règne du MP3). Un objet préfigurant l’esthétique musicale annoncée par Thomas: enfantine et tortoisienne. Sur cela déjà, on est d’accord.
A l’écoute de ce premier opus, par contre, on ne peut que s’inscrire en faux par rapport aux deux autres propositions de son auteur: Soy un caballo doit beaucoup moins à Katerine et Boogaerts qu’il n’emprunte à la culture anglo-saxone ou islandaise. De Katerine -celui d’avant- il ne reste qu’une manière de chanter empruntée parfois par Aurélie et parfois par Thomas, qui pousse la voix entre murmure et rigolade, entre sérieux et ironie. Seulement parfois. Il y a aussi une volonté de triturer la phrase française pour essayer de ne pas tomber dans le trop trivial, le trop convenu. Et l’amener aux portes du rêve. Un rêve kafkaïen pour Katerine, Burtonien pour le couple bruxellois. Mais la comparaison s’arrête là. Quant à Boogaerts, on a bien du mal à y voir la référence. Sauf peut-être dans le côté enfantin de certains textes. Sinon…
Sinon… ben de toutes façons on se moque bien de la chasse aux ressemblances narratives… puisqu’il faut tendre l’oreille plusieurs fois pour arriver à suivre une seule des phrases du duo, parfois complété pour l’occasion par - excusez du peu- Jesse D. Vernon (Morning star), ou Bonnie Prince Billy. Ce qui apparaîtra sans doute pour certains comme une faiblesse liée aux conditions d’enregistrement à demeure, ou un mixage alambiqué, sonne vraiment agréablement à nos oreilles. Il suffit de ne plus tenter de comprendre les paroles pour que, comme on le ferait sur un album anglophone, on n’y repère plus que quelques phrases signifiantes, pour qu’à partir d’elles, on se refasse un film mental dont Soy un caballo serait la bande son. On aime beaucoup. C’est sans doute la première fois qu’on ne s’attache pas aux mots dans un album francophone. Non, la seconde, après Mygük le groupe de Pau avec lequel on perçoit quelques ressemblances oniriques.
Tant mieux, parce que du coup aussi, on se focalise énormément sur la musique. Et là c’est un florilège de doigts de fées qui se sont penchées sur le destin de l’album: Boris Gronemberger, Delphine Bouhy, Julien Paschal, Kate Stables… Ici l’arpège est roi, un peu comme sur les derniers High Llamas de Sean O’ Hagan, qui d’ailleurs produit tout l’album, et dont on sent la patte au fil des 42 minutes que dure le disque. Ici aussi tout se déroule en douceur, ensoleillé comme un début de soirée californien ou comme un de ces moments belges où on ne sait plus trop distinguer le chien du loup. Xylophone, claviers, bidouilles sonores, choeurs évanescents en sont les artifices. Comme les Islandais les aiment.
Le charme opère régulièrement, pour ne pas dire continuellement, et on sort de ce premier opus comme on y est entré: à pas feutrés, en douceur, comme refermant un livre de contes. Pas vraiment un conte pour enfants. Juste un conte pour adultes qui oublient parfois qu’ils ont grandi. Une discrète réussite
Denis Verloes
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Matamore
Tracklist
01. Sous les paupières
02. Volet
03. Comme on va bien
04. La bibliothèque
05. But will our tears
06. Robin
07. La chambre
08. Au ralenti
09. La raison du plus fort
10. La lumière sur la pelouse
11. La droiture
12. Passer des jours
Durée: 42′ 34”
Date de sortie: 7 mai 2007
Plus+
Le site officiel
L’espace Myspace
Les vidéos sur Youtube (ne pas manquer les 4 épisodes)
Soy un caballo: un court métrage en quatre épisodes se servant d’extraits sonores de leur album. Episode 2


