Feist - The reminder
Comment donner suite au succès marketing, commercial et “d’estime” d’un premier album let it die qui programmait une mort annoncée. De la plus simple façon qui soit pardi. En ne changeant rien à la formule constitutive, mais en élargissant le champ des possibles et en prouvant qu’on a la ressource pour se renouveler tout en se répétant pourtant un peu.
On compare parfois Feist et Keren Ann. L’année 2007 donnera sans doute encore plus de valeur à cette comparaison. Voici deux femmes à l’aube de leur trentaine, qui ont habitué le public à leur voix de velours - sorte de non jazz devenu pop- et qui décident pour entamer 2007 d’élargir un peu le champ de leur potentiel en s’en allant tâter du bon vieux rock, ou de l’énergie un peu moins réservée. Toutes deux avec une réussite indéniable.
L’album de Feist reprend bien entendu les éléments du succès du Let it die d’il y a une paire d’années. On prend la même constituante en demi-teinte, on arbore la même voix un poil voilée et puis aux manettes, on remet à nouveau la paire Gonzales / Létang. D’autres se seraient contentées de dupliquer la formule à l’identique et de pondre un album en tous points semblable au précédent: un syndrome Norah Jones en quelque sorte. Feist évite l’écueil par un miracle étonnant.
Un miracle qui doit un peu à la genèse des morceaux, longuement testés sur scène avant que de même imaginer appartenir au tracklist final, largement réfléchis au niveau des arrangements avant que la petite équipe dédiée à l’enregistrement - quelque part dans la campagne française- n’emballe le tout en quinze jours. Une paire de semaines intense, une rapidité d’exécution qui semble pourtant devoir très peu à l’improvisation ou au lo-fi. Les arrangements sont efficaces, doux, même quand ils tâtent du rock des familles et en totale adéquation avec l’atmosphère générée par la voix de la canadienne.
Un tour de force en forme d’album qui doit sans doute aussi beaucoup à l’élargissement de la palette pop abordée par la membre honoris causa des canadiens de Broken Social Scene dont elle convoque l’âme pop folk parfois au fil de cet album intense. A côté des ballades angéliques auxquelles on était préparés, Feist convie d’ailleurs aussi la bossa nova le pop rock à gimmick qui groove, les artifices et handclaps du gospel, les charmes presque « pedal steel » de la folk américaine à l’ancienne.
C’est dans la « couleur » générale de son album que réside aussi sa grande réussite. Là où le nouvel opus de Keren Ann plonge ses mirettes dans les yeux de Lou Reed et du Velvet, puis assume un côté sombre et un brouillard à couper au couteau, the Reminder s’ouvre quant à lui, sous l’apparence de la mélancolie “à la” Sundays, à des atmosphères plus bigarrées, parfois plus enjouées, à une palette éclectique et riche. L’album s’écoute et se réécoute avec un plaisir évident. Un vrai album de printemps qu’on découvre malgré nous, à la fin d’un été pourri.
Denis Verloes
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Arts & Crafts / Polydor / Universal
Tracklist
01. So Sorry
02. I Feel It All
03. My Moon My Man
04. The Park
05. The Water
06. Sealion
07. Past In Present
08. The Limit To Your Love
09. 1234
10. Brandy Alexander
11. Intuition
12. Honey Honey
13. How My Heart Behaves
Date de sortie: avril 2007
Durée: 50′ 00”
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