Les Méduses

aff film_11.jpgLa Caméra dOr récompense chaque année à  Cannes le premier film d’un cinéaste et a toujours su depuis 1979 découvrir des talents qui ont confirmé les promesses placées en eux : cîtons au passage Jim Jarmusch, Pascale Ferran, Naomi Kawase…

Le cru 2007 n’échappera pas à  la règle : Les Méduses – décidément, l’animal marin a la cote puisque les pieuvres étaient à  l’honneur il y a quelques semaines – est un très beau film, qui a le mérite de savoir déclencher une émotion indirecte, comme par en-dessous, d’autant plus juste et profonde qu’elle n’est ni frontale ni recherchée.
A Tel-Aviv, nous suivons les destins entrecroisés de plusieurs personnages dont Keren qui se casse la jambe le jour de son mariage et doit du coup renoncer à  sa lune de miel aux Caraîbes ; Batya une jeune serveuse virée de son boulot qui recueille une étrange petite fille sortie de la mer ; et Joy une employée philippine qui a laissé son fils à  des milliers de kilomètres.

Si le film prend place à  Tel-Aviv, c’est logiquement parce que les deux réalisateurs y ont vécu la majorité de leur vie. Couple d’artistes israéliens, Etgar Keret est romancier et auteur de bandes dessinées produisant des récits drôles et décalés qui interrogent la complexité des relations familiales et sa compagne Shira Geffen est également auteur et metteur en scène très active. Contrairement à  The Bubble, le conflit israélo-palestinien n’est ici jamais évoqué, juste pointe au cours d’une conversation la notion d’identité juive à  travers le concept de seconde génération – celle qui suit les victimes de la Shoah.
Donc, Les Méduses pourrait se dérouler dans n’importe quelle grande ville…située en bordure de la mer car cet élément est primordial, considéré comme le personnage principal par les deux auteurs qui le métamorphose en un territoire autonome, servant d’abri, de secours, de réconfort. Outre l’image éminemment poétique de cette mystérieuse enfant sortie des flots, les clichés de bateaux sont récurrents dans Les Méduses: celui que Keren entoure d’un dessin de bouteille, celui que Joy rêve d’offrir à  son fils pour son anniversaire, celui qu’un policier confectionne avec les avis de recherche de personnes disparues.

Comme dans toutes les grandes villes, la solitude et la difficulté à  communiquer – sinon l’impossibilité – sont omniprésentes. Ces trois femmes souffrent d’une angoisse existentielle diffuse qui plonge ses racines dans l’enfance et révèle un manque latent. Chacune aura besoin d’un intermédiaire pour exprimer et transmettre ses sentiments, illustrant ainsi la difficulté à  communiquer, à  toucher. Ce n’est donc pas un hasard si une des plus belles scènes du film a lieu entre deux femmes qui ne parlent pas la même langue, dont les regards et les gestes savent les suppléer naturellement.
Démarrant par de lents travellings, Les Méduses est constitué de miniscules touches pleines de féérie et de poésie, teintées d’un humour tragi-comique comme politesse du désespoir.
Tous ceux qui avaient apprécie le film singapourien Be with me à  la fin 2005 devraient avec Les Méduses retrouver une atmosphère similaire et renouer avec le même plaisir.

Patrick Braganti

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Drame israélien de Etgar Keret et Shira Geffen – 1h18 – Sortie le 5 Septembre 2007
Avec Sarah Adler, Nikol Leidman, Gera Sandler…

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