Interview de Silencio

Silenzio.jpgPeu de temps après la parution du 3ème album de Silencio »Where you are and where you want to be » Julien, moitié du duo et gérant du label Eglantine nous accordait une interview. l’occasion de revenir sur la genèse du groupe et de creuser les origines de cet album né d’un road-trip en Scandinavie.

Au départ, Silencio était une aventure solitaire. Puis à  l’époque de Grünezeit, Nicolas a intégré le groupe : comment vous êtes vous rencontrés ? Comment avez-vous décidé de collaborer ?
Nicolas a emménagé près de chez moi à  la fin 2003, et nous avions des amis en commun. On avait tous les deux pas mal de temps libre à  l’époque, alors un jour, à  moitié par curiosité et à  moitié par ennui, on a fait un peu de musique ensemble, et ça a donné  » Hindsight  » qui figure depuis sur Grünezeit.
à‡a nous a plu, alors on a continué.

Entre les 2 membres du groupe, y.’a-t-il une répartition claire et définie des rôles ?
Non, il n’y a jamais eu quoi que ce soit de fixé à  ce niveau. Même si au départ on partait du principe que Nicolas s’occuperait des parties de piano/clavier et moi de la guitare, on a remis ça en cause sur le dernier disque, où j’ai fait quelques lignes de piano et lui certaines parties de guitare. Ca nourrit le dialogue d’une manière différente et plutôt agréable, ça brise les habitudes. Pour ce disque c’était vraiment quelque chose de différent, on s’est retrouvés sans guitare  » électrique  » et sans clavier digne de ce nom, juste un petit contrôleur. Impossible à  partir de là  de refaire le disque précédent; ça n’aurait de toute manière pas pu arriver, mais là , au moins, c’était clair dès le départ.

D.’une manière générale, comment naissent et prennent forme vos morceaux ?
On a toujours travaillé de manière très spontanée. Cela pouvait partir d’un sample sur lequel on brodait, ou d’une mélodie. On a rarement planifié les choses dans un morceau : on joue, ça nous plait, on continue, etc… on le découvrait au fur et à  mesure jusqu’à  ce qu’on le voit complètement.

Quelles sont vos influences et sources d’inspiration ?
Influence : les joints, très clairement, je ne vais pas dire le contraire. Musicalement : tout ce qui peut nous faire rêver, vraiment. Si tu veux quelques noms, je dirais Brian Eno, Tarentel, ainsi que pas mal de trucs du label Kranky.
Les sources d’inspiration… nos relations avec les gens, les émotions qui en découlent. Sur le dernier disque, le thème de la ville déserte est très présent. Et personnellement, je me sens plus inspiré par les supports visuels, en particulier filmés, que par la musique. Des idées me sont déjà  venues en regardant un teenage movie des années 80…

Quelle formation musicale avez-vous ?
Nicolas en a une, au piano, mais je serais incapable de te dire laquelle exactement. Pour ma part, je n’en ai tout simplement pas.

Comme son titre l’indique, votre 3ème et récent album »Where you are and where you want to be » pétri de samples chopés à  Berlin, Oslo et Copenhague, évoque des notions d’éloignement, de doutes, de déracinement. Peux-tu nous éclairer sur sa genèse, son histoire ?
Tout est parti d’un petit  » road-trip  » en Scandinavie à  l’issue duquel je devais rejoindre Nicolas (qui à  l’époque vivait à  Frankfurt (Oder) en Allemagne) pour faire de la musique. On ne savait pas précisément ce qu’on allait faire, juste qu’on avait un disque à  faire. On prenait clairement le risque de n’avoir rien à  dire.
Avant mon départ, on avait seulement le remix des  » larmes du mois d’août  » qu’avait fait aMute, et une version démo de  » Egoistischer Traum « . Au cours du voyage, j’ai fait beaucoup de field recordings, notamment dans des lieux où je m’étais déjà  rendu, ou qui avaient joué un rôle particulier dans ma vie personnelle… églises, gares, parcs, rues. Avec Nicolas on a continué ça ensemble, à  Berlin. Et puis on avait 10 jours pour faire un disque avec tout ça.
On s’y est mis jour et nuit, en se relayant. Comme je l’ai dit plus haut, on avait certaines limitations au niveau matériel, ce qui, dans certaines circonstances, sert vraiment la créativité; on a bénéficié de ça, en plus du fait qu’on se retrouvait en quelque sorte, puisqu’on avait pas fait de musique ensemble depuis 6-8 mois. On a conçu un fil narratif autour de ces villes, de ces sonorités, en se libérant du format morceau  » court  » ce qui nous a vraiment fait du bien. à‡a nous a permis de vraiment faire respirer les compositions, de les laisser s’imprégner des lieux…
Un autre élément qui nous a vraiment inspiré : une ancienne caserne soviétique désaffectée, quasiment intacte, juste soigneusement décrépie par le temps, et entièrement vide, juste à  côté de là  où Nicolas habitait. On a du passer entre 6 et 10 heures à  visiter la centaine de pièces et la poignée de gros bâtiments qui la constituent. Les photos du disque viennent de là … certaines ont été intégrées au design du site, également. C’est vraiment quelque chose qui nous a marqué et qui a son empreinte sur le disque. Quand tu t’assoies pour jouer après avoir passé 3 heures dans une mini ville déserte, ça sort un peu tout seul !

Comment vous êtes vous retrouvés sur le label canadien Music made by people ?
Je les avais contactés pour sortir Grünezeit sur le continent Américain, ou en vinyle… ils ont beaucoup aimé, mais préféraient sortir quelque chose de nouveau. Au début ce devait être un EP, et on avait quelques morceaux, mais rien de cohérent… alors on est partis de presque rien, et on a fait l’album qui est à  présent sorti chez eux.

A l’issue de cet album, Nicolas a délaissé le projet : comptes-tu mener la barque seul ? T.’engager dans de nouveaux projets ? Ta récente tournée en compagnie de Melmac et Sun plexus t.’a-t-elle ouvert des portes ?
Une chose est sûre, je n’arrêterai pas de créer des ambiances sonores. Dans un format relativement pop ou pas, je n’en sais rien. Je suis vraiment attiré par les field recordings, et les ambiances très minimales, donc il se pourrait qu’il y ait de ça.
À l’heure actuelle, la seule chose qui est à  peu près sûre, c’est que je termine un album d’un projet nommé Junpei, pour Starving But Happy, qui fait très bientôt son grand retour sur la toile. C’est une sorte de version plus pop du son de Silencio sur Grünezeit, avec des beats, etc. C’est aussi une occasion de collaborer ponctuellement avec des amis.
Je ne sais pas si Silencio va continuer par la suite. Ce qui est sûr, c’est qu’il va y avoir une vraie longue pause.
La tournée avec Sun Plexus et Melmac a surtout fait figure de grand bol d’air. Dans la tête, évidemment, mais aussi au niveau musique : je n’avais que 2 ou 3 mois pour concevoir un set live seul. Cela impliquait de partir de rien… j’ai opté pour la formule guitare / effets / minidiscs. à‡a m’a fait du bien, m’a permis d’appréhender Silencio différemment, d’essayer d’autres choses. Et puis jouer tous les soirs ou presque permet de faire mûrir les choses beaucoup plus vite. Tu n’en sors jamais, tu as le set de la veille en tête, tu corriges le tir directement, etc.
Humainement, ce fût un vrai bonheur. Je connais les frères Reverter (Melmac) depuis quelques années maintenant, c’était vraiment super d’être entassé avec eux dans une camionnette sur 4000km, même s’ils écoutent du métal. Plus sérieusement, ce sont des mecs super, aussi carrés que généreux, dont j’ai toujours apprécié la musique.
Sun Plexus figurent quant à  eux parmi les gros cons les plus merveilleux que j’ai pu rencontrer ces dernières années.

Parallèlement à  la création musicale, tu gères le label Eglantine records : qu’est-ce qui t.’as motivé à  t.’engager dans cette voie parallèle ?
J’ai commencé à  bosser sur Eglantine avant que Silencio ne devienne un vrai projet. Je pense que le constat qui a mené à  sa naissance est similaire à  celui qui est derrière pas mal d’autres labels : à  force de découvrir des artistes qu’on aime, on a envie de les faire écouter aux autres.

Peux-tu nous en dire un peu plus sur les sorties Eglantine à  venir ?
Un album de Won au format CD-R, puis un album de Teamforest.

Tes impressions sur la scène musicale actuelle ? Et sur les outils en place pour la promouvoir ?
Pour tout te dire, la  » scène musicale  » ne m’inspire pas grand chose. J’y prend ce qui me plait, et puis voilà . La hype règne, puis elle tourne.
Quant aux moyens de diffusion… je reste assez attaché au support physique. La libre diffusion de mp3 par le biais de netlabels est un beau concept, mais il ne permet pas de soutenir directement les artistes, et, de manière plus importante, il inonde tout le monde de musique, et au final, qu’est ce qui est bon, qu’est ce qui mérite d’être écouté, qu’est ce qui nous plaît vraiment? Je ne vois pas vraiment l’intérêt. à‡a devient un peu comme la télé, on écoute 5 minutes, on zappe, sans prendre la peine de rentrer dans un disque.

Un coup de gueule ?
Non.

Un rêve ?
Faire une BO de film X.

Propos recueillis par Sébastien Radiguet en août 2007.

Ecouter deux titres de Silencio sur la radio Last.fm de Benzine

Plus+
la chronique de l’album sur Ondefixe
www.myspace.com/silencioband
www.silenciomusic.com
www.eglantinerecords.com

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