La première marche, de Isabelle Minière

premiere_marche.jpgCela commence par une histoire de photographie. La petite demande à  sa mère un cliché d’elle pour une surprise à  l’école, elle l’obtient et se réfugie sur une marche de l’escalier pour admirer et embrasser cette photo, à  l’abri des regards noirs et de la voix dure. Oui, la mère n’est pas commode, elle est parfois gentille, mais elle est très sévère.
C’est bien simple, la petite ne sait plus comment s’y prendre pour attirer un sourire, une amabilité, une tendresse. Quand survient le passage de l’orange, cadeau du ciel, la petite est au bord de tomber en apoplexie. C’est dire !…
Le temps passe, mollement. La petite est exaspérée des mimiques de son petit frère, le mignon de la famille, qui fait diversion avec ses singeries, et pourtant ce n’est pas assez aux yeux de la petite. De toute façon, personne ne la voit. Elle est si discrète, si timide, elle en devient invisible ! Seule la mère ne l’oublie pas, elle rouspète à  pas d’heure, lui inflige des robes au tissu qui gratte, lui coupe ses longues boucles pour chasser les noeuds définitivement, s’emporte après cette femme médecin qui la prend pour une incapable, râle sur sa fille qui fait ses comédies pour dormir, des cauchemars ? Quels cauchemars ?!
Décidément, le quotidien de cette petite n’est pas bercée par les cajoleries. Au contraire, elle se sent incomprise, soucieuse, on dit aussi d’elle qu’elle est boudeuse. Parce qu’elle aime se réfugier sur les marches de l’escalier, où elle prend le temps de réfléchir, de mettre tout en place dans sa tête, de jouer avec sa poupée, bref »à  partir du moment où l’on s’installe sur une marche d’escalier, on boude peut-être automatiquement, sans s’en apercevoir. Peut-être..? ».

Il y a beaucoup de pointillés dans l’histoire de la petite, beaucoup de questions sans réponses, d’anecdotes qui glacent le sang, de petits riens sur la routine familiale qui est stérile et figée comme du marbre »La petite voudrait se sauver de cette enfance, interminable. C’est son espoir, c’est sa prière, c’est une lumière qui brille dans le noir, très éloignée, accrochant le regard, vous maintenant debout, vous protégeant du pire, c’est une promesse : toute enfance finit un jour »

En attendant, il faut se contenter de palliatifs et croire que le miracle surviendra. Oui, de manière totalement imprévisible, la voix sonore peut résonner, les tac-tac-tac sur le plancher peuvent marteler de plus belle, la petite va gagner »son billet, valable à  vie, pour voyager dans d’autres vies ». Formidable sauf-conduit ! La fin réconcilie l’impression morose d’une enfance pas toujours rose, d’une petite mal dans sa peau, en quête d’une caresse ou d’un mot gentil. Isabelle Minière ne taille pas la pierre avec rogne, elle évite les pièges du misérabilisme et trace un portrait criant de tendresse foulée au corps. Le fait que ce soit la petite qui raconte son histoire fait de »La première marche » un roman moins lourd et compassé sur le sujet de l’enfance tristounette et privée d’affection.

Stéphanie Verlingue

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La première marche, de Isabelle Minière
Editeur : Le Dilettante – 192 pages, 15€¬
Publication : 02/03/2007

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