Pour la postérité, pour quand Benjamin Biolay sera reconnu à sa juste valeur, ce qui en France arrive souvent à titre posthume, il faudra retenir que comment je me suis Trash Yéyé est l’album « d’après ». L’album d’après l’échec commercial de à l’origine, d’après la rupture avec la Chiara Mastroianni du duo Home et du duo à la ville. L’album d’après l’époque où le nâtif de Villefranche sur Saône n’accordait pas d’interviews aussi.
Car des interviews, pour défendre (ma vie intérieure) sous-titre de ce nouveau disque, il est clair qu’il va être forcé, par sa maison de disques, d’en donner un maximum Benjamin Biolay. On l’a déjà croisé dans les pages du magazine du MacDo et sur le plateau de Ruquier. Il y est finalement assez peu fait référence à la musique, qui devrait pourtant intéresser les chroniqueurs, mais plutôt à son comportement d’avant, à sa vie achevée avec une actrice de cinéma, à belle-maman Deneuve, à sa supposée condescendance et à son détachement : morgue ou pas morgue. Même à l’album d’Elodie Frégé et aux rumeurs, au hasard de ses autres collaborations, passées à la trappe. Aléas du mercantilisme qui nourrit… Et par lequel on est bien forcé de passer en 2007.
D’autant que depuis deux albums, Biolay revendique un statut d’auteur compositeur « pop ». Et que tous les auteurs-compositeurs proclamés « populaires » dans l’hexagone se prêtent à l’exercice. Dont acte. Oui mais, Benjamin Biolay n’a pas grand-chose à voir avec les complaintes Obispiennes, Jeniferies, M.Pokorismes et autres Zenatteries… naaaan. Faut que quelqu’un lui rappelle qu’en France, Chérie FM est roi. Et la variété fait office de pop. Du coup, même s’il est indéniablement le seul (ou presque, allez) auteur compositeur pop au talent respectable, le mètre étalon de la pop reste et restera longtemps encore la variétoche toute moche qu’on nous vend par palettes. On se demande donc si son bon vouloir médiatique suffira à faire plaisir à EMI et aux gens qui achètent des albums. On espère… mais on en doute.
Et pourtant, ils devraient les gens, acheter par dizaines le nouvel album de Benjamin Biolay. Parce qu’une fois de plus le bonhomme dénote de son talent à composer de la pop musique. Ou plutôt devrait-on dire « pop music » si on désirait être plus proche de la réalité des faits. Une sorte de transposition de la musique anglo-saxonne à l’ancienne, dans un cadre francophone. Et oui, oui, oui, le seul référent en la matière s’appelle Gainsbourg ; et oui, oui oui on sait que la référence –surtout vocale- est élimée à force de l’utiliser pour évoquer le travail de Biolay. Reste qu’il partage avec l’homme à la tête de chou une capacité à transposer un univers anglophone à la chanson française, la facilité à travailler le gimmicks, la richesse sobre des arrangements ciselés, le chant nicotinique, la morgue et la défaite commerciale à répétition, apanage de certains génies.
Musicalement, l’album semble pourtant avoir retenu les leçons du jusqu’au boutisme pop rock de son prédécesseur. Biolay impose des mélodies avec beaucoup plus de subtilité que sur son album « noir ». Il devrait re-séduire une partie du public de Négatif et de Rose Kennedy qui avaient trouvé trop « vulgaire » sa prétention rock précédente. Mais BB n’oublie pas pour autant le kif éprouvé précédemment, autour de guitares rageuses et de morceaux qui peuvent en remontrer au rock britannique. Regarder la lumière par exemple, montre que Biolay aussi a vécu à la fin des années 80, quelque part sous l’ère Joy Division si chère à Interpol et à la jeune garde anglaise contemporaine. Un album plus métissé, entre rock noir et Chanson, qui sent la clope et le lendemain de biture. Qui sent la défaite et la revanche. Qui évoque la new wave et le post punk, Gainsbourg et ses arrangeurs. Une biture artistique et personnelle que Biolay transcende ici au travers d’arrangements subtils et d’une écriture qui mélange langage soutenu avec phrases et images simples du quotidien. On croyait désormais que seul le rap pouvait encore en France évoquer (la merco Benz est-il à ce titre un anti Ma Benz, façon rive Gauche ?) cette trivialité de la vie, des ruptures, des difficultés à s’en remettre, parce qu’il n’y a pas de Jarvis Cocker français et qu’on parle plus facilement, ailleurs, de liberté de penser et autres trivialités.
On est conquis par cet album, mais on était déjà conquis par l’album précédent… et on se dit du coup qu’on est sans doute une caution moins «valable » que tout une masse qui a décidé, un jour, ce que pouvait faire Benjamin Biolay et ce dont il devait s’abstenir au nom du « bon goût ». On continue à s’en foutre complètement quant à nous, parce qu’on chante encore souvent à l’origine et qu’on se repasse souvent le nouveau et superbe album de Biolay. On souhaite à l’homme, parce qu’on est sympa dans le fond, de se remettre rapidement de tout ce qui en a été le moteur.
Denis Verloes
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Virgin / EMI
Tracklist
01. Bien Avant
02. Douloureux Dedans
03. Regarder La LumièRe
04. Dans Ta Bouche
05. Dans La Merco Benz
06. La GarçOnnièRe
07. La Chambre D’Amis
08. Qu’Est-Ce Que çA Peut Faire
09. Cactus Concerto
10. Rendez-Vous Qui Sait
11. Laisse Aboyer Les Chiens
12. De Beaux Souvenirs
Date de sortie: 10 septembre 2007
Durée: 56,5 minutes
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