Babyshambles - Shotter’s nation
Il y a plusieurs manières d’appréhender le nouvel album des Babyshambles. Une mauvaise, une sournoise et une jouissive. On a choisi la troisième
Et on tente de s’expliquer ci-après.
Trois façons donc d’appréhender ce nouvel opus de Pete Doherty et ses évanescents Babyshambles. Une irrationnelle d’abord, qui consiste à crier très fort que Piiiiiiiiiiiiiiiiiit est de retour. Cette version prévaut quand on est attiré(e) par les bad boys, quand on a un attrait morbide de la déchéance, quand on est lecteur de Voici, de Elle (le « retour du rock » c’était lui), du Grand Journal (si si on l’y a vu se verser une bouteille de rouge sur la tête, le Piiiiiiit) quand on déteste Kate Moss ou qu’on lit régulièrement le Blog de Busty. Très peu à voir avec la musique et beaucoup avec l’attitude. Pensez donc, depuis Kurt, on ne voyait plus de rockeur, de vrai, un gars mi beau comme un camion mi laid comme une épave, mi vivant, mi mort, mi vendeur, mi icône d’un monde qui part en couille. Cette première méthode à un gros défaut pour l’objectivité : même si l’album est aussi mal torché que le premier, même si il n’y a qu’un seul single potable, même si le son ést aussi pourri que précédemmen ; on en saurait rien. Piiiiiiiiit est de retour.
La seconde est plus pernicieuse, elle tient de la récupération de la hype qui vit dans la presse généraliste et spécialisée, à propos du bad boy, autant que de la musique qu’il pratique. On s’y défend de faire du people, mais on en fait quand même; pour justifier ce nouvel album et on se met même à comparer les Dirty Pretty things de l’ancien compère Carl Barat à ce shotter’s nation. Puis on enfonce ledit Barat sur l’autel du Dohertysme en prétendant que l’album du second est bien plus profond que celui de Carl. Le tout bien sûr comme s’il fallait absolument choisir un camp et que l’information tenait de la haute importance musicale. Comme s’il fallait absolument se positionner dessus ou dessous le mètre étalon d’une légende vivante –enfin vivante… Ne peut-on se contenter d’écouter? Pense-t-on en contre-pied de ce type d’analyse. Ah ben si, on devrait. Et pour ce faire, la seconde méthode revient donc abondemment sur le rôle discret de Stephen Street (Blur, Smiths…) à la production, histoire de conserver sa bonne conscience et sa pertinence d’analyseur musical. Parce que bon quand même on a envie de parler de musique pour justifier l’allégeance à Pete. On signale même comme ça en passant, que quand même y’a des chansons solidement troussées.
La troisième se préoccupe uniquement de musique, et de plaisir. Ah enfin. Et à vrai dire, on se range à cette dernière façon (arf : je sais on a cité la méthode 1et 2 : bah quoi on est encore plus faux derche que les autres voilà…). Et on avoue que musicalement, on n’aurait pas misé deux centimes sur ce second album d’un bonhomme poussé aux limites de la résistance; sur l’auteur d’un premier album vraiment pas mémorable, et dont le son semblait avoir été enregistré avec les pieds. Du coup on prend la claque tout comme il faut dès Carry up the morning. Et c’est bien fait pour nos préjugés. Le bonhomme envoie sa guitare tâter du riff accrocheur façon Killamangiro -seule perle avérée des précédents essais-. Mais avec un son d’une limpidité exemplaire. Une clarté qui a réussi d’ailleurs à ne pas gommer la voix perchée et fêlée de Piiiiiiit , et cède une large part à la segmentation des différents instruments dans le mix (ah la joie d’une écoute au casque). La suite est à l’avenant avec une poignée de titres envoyés comme autant de coups de Docs Martens dans les couilles. Nombreux sont les titres qui se fraient immédiatement une voie vers la mémoire (allez on vous met au défi de ne pas fredonner Delivery après écoute). Doherty semble avoir réussi à canaliser ses fusées dans un format 2 minutes : direct, incisif, précis et en fait…carrément pop. Le travail de Stephen Street? On y navigue entre le missile punk, les Kinks, et le blues chipés autant aux Stones qu’aux guitares de Jon Spencer cuites sur le lit de quelques réminiscences Libertines-iennes. Et on sent le tout parachevé par un fifrelin de baggy et un soupçon de jazz. Pour clore shotter’s nation, pour finir d’emballer un album qui nous conquiert définitivement avant sa charnière, les Babyshambles calment le ton, et l’écorché habile à l’écriture démontre que quand il s’agit de ballades, il est diablement plus convainquant que Keane ou Coldplay (the lost art of murder). On regrette, oui, qu’il s’épanche un peu trop sur une paire de titres en roue libre, rock britannique classique, libre (french dog blues, badie’s boogie). Mais au vu de l’efficacité de l’ensemble, de la manière dont il emballe l’affaire en quelques minutes et force le respect pop dès la première plage, on serait bien chiens de ne pas pardonner ces écarts avec le bon goût.
Du coup si on résume : avec un vrai « character » en guise de frontman comme disent nos amis britanniques, avec une once de people et un souçon de mythe du guédro surdoué ; avec surtout un album pas révolutionnaire, mais qui dépote… on est bien parti pour en manger jusqu’à passé noël du Babyshambles. On souhaite à Piiiit de tenir jusque là et à notre platine de nous pardonner l’écoute répétitive.
Denis Verloes
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Parlophone / Universal
Tracklist
01. Carry On Up The Morning
02. Delivery
03. You Talk
04. UnBilo Titled
05. Side of the Road
06. Crumb Begging Baghead
07. UnStookie Titled
08. French Dog Blues
09. There She Goes
10. Baddies Boogie
11. Deft Left Hand
12. The Lost Art Of Murder
Durée: 39′
Date de sortie: 2/10/2007
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