Efterklang au Cabaret electric, le 16 octobre 2007
Après un premier contact établi le 17 septembre dernier à l’occasion de leur soirée de présentation qui laissait augurer de bonnes prestations sonores, nous retournons un mois plus tard fouler le sol havrais et nous immerger dans le Cabaret Electric, salle de concert à la déco cosy.
Un déplacement motivé par la venue du collectif danois Efterklang, dont les prestations antérieures ont fait l’objet d’échos élogieux, mais qui ne semble pas avoir suscité le même engouement auprès du public havrais, venu ce soir en petit comité.
Cette audience clairsemée constitue en définitive un terrain propice au set intimiste livré par Peter Broderick, venu de Portland pour dévoiler les prémices d’un album à paraître incessamment sous peu sur le label Type. Entouré de ses piano, violon, guitare, sampler et pédales d’effet, l’américain alterne pièces instrumentales et chantées. Les premières sont principalement construites de boucles superposées, faisant la part belle au diptyque piano-violon, occasionnellement traversées de samples environnementaux, pour un résultat lorgnant vers le néo-classique tel que développé par Sylvain Chauveau ou Library Tapes. Les secondes, de forme plus classique mais tout aussi captivantes, confrontent un jeu de guitare en fingerpicking à un chant feutré et touchant, n’hésitant pas, lui non plus, à se démultiplier ou à s’emballer vers de rares déchaînements éruptifs. Un set qui s’avère convaincant, au point de ne pas faire l’impasse sur le 7 pouces mis en vente sur le stand jouxtant le bar ; et par là même de patienter jusqu’à la parution du long format.
Quelques minutes plus tard, arborant un autre style vestimentaire, Peter Broderick regagne la scène et son pupitre de violoniste pour accompagner les 5 danois et 2 danoises d’Efterklang. Les premiers fichés de pantalons bouffants à bretelles et chaussés d’espadrilles, les secondes parées de robes au rouge intégral : des tenues conférant à l’ensemble un caractère folklorique et bon-enfant.
Comme escompté, la palette sonore est étendue puisque sont présents sur scène piano, claviers, laptop, trombone, trompette, violon, flûte, mélodica, basse, guitare, scie musicale, xylophone, deux batteries (l’une relativement complète, la seconde réduite à 2 toms et 2 cymbales).
Le collectif joue beaucoup de ses voix, mi-scolaires, mi-polaires ; les catapulte dans un univers sonore typiquement nordique, qui ne tranche jamais entre une musique de chambre modernisée et chahutée par les séquences émanant des machines, et un post-rock plus dynamique aux rythmiques syncopées, dans lequel les cuivres apportent pas mal de luminosité et de chaleur.
Les membres du groupe affichent ostensiblement le plaisir qu’ils éprouvent à jouer, et celui-ci est communicatif. Le public clame un rappel, et Efterklang vient clore son set sans se faire prier. Un set emballant et maîtrisé (et ce d’autant qu’il s’agissait là de la première date de leur tournée européenne), piochant équitablement dans la discographie du groupe : 5 titres tirés de l’album “Tripper” (dans un registre où l’électronique concassé et segmentée est très présent, et vers lequel s’oriente notre préférence), 2 titres issus du Ep “Under Giant Trees”, puis 5 morceaux tout droit sortis du fraîchement paru “Parades” (plus organique et ludico-folklorique celui-ci).
Pour clôturer la soirée, la salle a fait appel à un électronicien local, répondant au nom de Ohre One, et se produisant seul, entouré d’un laptop, d’un petit clavier maître, d’un theremin et d’un micro dont il se sert pour noyer et triturer sa voix, l’affubler d’effets visant à la déshumaniser. Musicalement, l’ensemble s’avère synthétique et très porté sur le travail rythmique, oscillant entre des plages apaisées aux relents dub et d’autres lorgnant vers une drum’n’bass plus incisive et noisy. Dans tous les cas de figure, les compos sont systématiquement traversées par les ondes sinusoïdales de l’antique theremin, et rendus vivantes par le petit jeu de scène du musicien. Une découverte intéressante, bien qu’officiant dans un registre n’étant pas d’ordinaire notre tasse de thé. Comme quoi !
Sébastien Radiguet
Les Photos de Nicolas Carlier
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