Richard Hawley - Lady’s bridge
Comme avec Cole’s corner paru en 2006 et nominé face aux Arctic Monkeys pour le Mercury Prize, comme avec l’inaugural et génial Late night tale ; Richard Hawley radine sa voix de crooner de Sheffield pour un nouvel album à la fois classique et hors du temps.
En fait on exagèrerait vraiment en disant que rien n’a réellement changé dans l’univers de Richard Hawley, depuis le génialissime inaugural album solo Late night final. Que rien n’a changé depuis qu’il a quitté les Longpigs, noué une amitié indéfectible avec Jarvis Cocker et publié parmi les plus beaux albums classieux britanniques depuis des lustres. A faire se pâmer les fans de Nancy Sinatra et Lee Hazlewood réunis, a faire frémir les amateurs de croon « à l’ancienne » mais sans poussière ; ceux qui apprécient de belles ballades nées dans la fumées des pubs et le houblon des clubs.
Dans la liste des changements, il y a d’abord la reconnaissance du secteur et du public, qui se sont insidieusement mis sur son discret chemin musical. Cole’s corner a atteint des sommets en Grande Bretagne et la « coolitude » tranquille du bonhomme a fait les beaux jours de la presse musicale hexagonale. Il y a ce vieux bâtiment à Sheffield, le Yellow Arch qu’il a essayé de retaper pour se créer le studio « à la cool » qu’il estime seul nécessaire à ses besoins de jouer ensemble avec les musiciens qu’il convoque, à ses envies de non grandeur. Il y a aussi, et dramatiquement, la vie qui lui a repris son père des suites de ce qu’on appelle aujourd’hui une longue maladie. Un père qui fut en son temps porte-guitare pour les bluesmen de passage au Club 60 sorte de Cavern façon Sheffield. Il y a enfin les propositions faites pour séduire un touche à tout curieux, et qui le voient apparaître aux côtés de Faye Dunaway dans le film Flick où il tient le rôle d’un musicien Rockab à lunettes…
Autant de mouvements, qui du petit changement au grand bouleversement, façonnent subrepticement le son de ce lady’s bridge. Un pont. Un autre lieu de Sheffield, reliant historiquement les quartiers pauvres aux quartiers bourgeois. Un pont entre un avant et un après… et toutes les élucubrations sémantiques qu’on peut imaginer. Et si on voulait filer la métaphore, on le pourrait aisément. Car sans savoir encore vraiment si on peut parler d’album de transition –elle n’est pas tranchée – on peut pourtant parler d’évolution progressive, mais discrète, de la démarche musicale.
On y retrouve bien sûr les fondamentaux de son genre propre. Sa voix suave et sombre, qui se déroule avec évidence sur des ballades de velours. Des ballades ancrées pourtant dans le réel, où on croise les fantômes de l’inondation de Sheffield, des révoltes sociales, des amours mortes bien sûr, et le réel besoin de s’évader. Comme chez le compère Jarvis, mais diamétralement opposé dans le son, on part du général pour atteindre le très personnel, l’intime ; ou au contraire on fait servir le pré carré de l’égo à une démarche plus globale.
Mais à côté des fondamentaux, qui ne dépareilleront pas dans sa discographie, il y a les quelques ferments qui permettent de songer que quelque chose change dans la démarche musicale de Hawley. Il y a d’abord une présence plus ressentie du groupe qui l’entoure : John Trier (claviers) Shez Sheridan (guitare) Dean Beresford (batterie) et Colin Elliot (basse). Une présence d’autant plus évidente que cette formation serrée n’est plus ici la seule accompagnatrice de la voix du crooner. Colin Elliot se charge épisodiquement d’élargir l’espace. C’est à lui qu’on doit, par exemple, l’arrangement sur l’inaugural Valentine supporté par 16 musiciens additionnels.
Avec cette discrète introduction d’un plus large champ de possibilités, ou en parallèle, Richard Hawley n’hésite pas quant à lui, à ouvrir son éventail de potentiels, dans un album plus ambitieux que ses prédécesseurs. On le voit du coup tâter du rockabilly, du doo-wop, d’autres tempos. Il élargit sa palette de non-couleurs. Avec un bonheur de musicien, qu’on ressent et qu’il parvient à transmettre à l’auditoire.
Du coup qu’on le surnomme le “Elvis du nord” ou le “connard à lunettes de Sheffield”, comme il aime à se patronymer, force est de constater que lady’s bridge renouvelle le plaisir des retrouvailles avec Hawley. Des retrouvailles rassurantes de continuité et rafraîchissantes parce qu’elles ne referment aucun horizon. Sortie du mois d’août, Lady’s bridge est pourtant un parfait album d’automne.
Denis Verloes
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Mute / Virgin / EMI
Tracklist
01. Valentine
02. Roll River Roll
03. Serious
04. Tonight the Streets Are Ours
05. Lady Solitude
06. Dark Road
07. The Sea Calls
08. Lady’s Bridge
09. I’m Looking For Someone To Find Me
10. Our Darkness
11. The Sun Refused To Shine
Date de sortie: 20/08/2007
Durée: 48′,4” minutes
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