Dans la vallée d’Elah

danslavallee.jpg Quand l’Amérique décide d’avouer ses erreurs, généralement, le résultat est relativement désagréable. Sur un ton universel franchement agaçant, limite sous-titré »La paix dans le Monde » »Dans la vallée d’Elah » est un film intellectuel, fier de lui et de sa propreté. Un film où rien ne dépasse, sans aucun pli, où chaque dialogue semble avoir été étudié cent fois pour qu’il sonne juste. Mais, paradoxalement, c’est le contraire qui se produit. Si la thématique du film a ses raisons d’être à  l’écran, le traitement fait douter : avec douceur, sans aucune violence et presque filmée au ralenti, tant la lenteur est perceptible, chaque image proprette rentrant dans une cohérence bien symétrique et bourrée d’angles droits, cette déclaration de paix en temps de guerre, terriblement vaine parce qu’en permanence infondée (quel est véritablement le message, puisqu’on ne parle quasiment pas des actes des soldats américains mais simplement du meurtre de l’un d’eux ?), est d’un académisme mélodramatique terrifiant.

Pourtant, Paul Haggis jouant la carte de la pudeur, il est étrange qu’il nous montre de face les corps découpés et carbonisés de soldats américains. Un étrange malaise se produit face à  ces images répugnantes, constituées des parents à  côté de leur progéniture quasiment dématérialisée. Faut-il voir là  la conséquence de la bêtise ? Oui, mais quelle bêtise ?
Cinéaste de la bonne morale américaine et au fond niais (comme c’est joli de reconnaître la culpabilité d’un pays), Paul Haggis réalise là  un film bien sage, facilement oscarisable, énervant de confiance (vu le thème, personne ou presque n’en dira du mal).

Niveau interprétation, il faut avouer la puissance de Charlize Theron, convaincante, face à  un Tommy Lee Jones par contre décevant (bien loin de sa prestation dans »Trois enterrements » par exemple) et une Susan Sarandon un peu fade. La musique remplit son lot de clichés (tant que ça marche comme on dit…), mais a tendance à  souligner le caractère ultra-stéréotypé des personnages (au cas où on aurait oublié qu’ils le sont), la mise en scène se contentant d’honnêteté et de simplicité pour transcrire leurs états d’esprits, parfois liés par de beaux plans. Mais le manque considérable de rythme, et surtout la façon insupportable dont le metteur en scène souligne son discours prémâché et primairement anti-américain, rendent le film d’un intérêt de niveau quasi-zéro. Autant »Collision » le premier grand essai en tant que réalisateur de Paul Haggis, était brillant, virtuose et réellement intelligent, autant cette profonde vallée de l’ennui consterne par tant de clichés, et endort par tant de torpeur.

Jean-Baptiste Doulcet

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Dans la vallée d’Elah
Film de Paul Haggis
Genre : Drame, Thriller
Durée : 2h
Sortie : 07 Novembre 2007
Titre original : In the Valley of Elah
Avec Tommy Lee Jones, Charlize Theron, Susan Sarandon…

La bande annonce :

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