Darling
Avant de s’appeler Darling, elle a été Catherine, petite fille boulotte, troisième enfant d’une famille d’agriculteurs en Basse-Normandie. Entre un père violent, une mère revêche et peu aimante, deux frères aînés dont un épileptique, Catherine crie haut et fort son intention de ne jamais être “paysante” et de quitter son univers de totale misère sociale.
Malgré son apprentissage chez la généreuse boulangère qui voit en elle l’enfant qu’elle n’a jamais pu avoir, Catherine reste captivée par le ballet des camions qui déflient sur la route devant la ferme et se persuade que son prince charmant sera routier. En devenant une pro du radio-guidage, elle s’affuble du pseudo Darling et rencontre son futur mari Roméo. C’est la descente aux enfers qui commence : battue et humiliée devant ses trois enfants, violée et presque torturée, Darling quitte le domicile, toujours déterminée à affronter la réalité aussi noire soit-elle.
Gamine ou femme, rien ne l’épargne, ni la mesquinerie ordinaire, ni les coups durs - la mort de ses deux frères qui finit de faire imploser l’ersatz de famille -, ni la poisse qui lui colle à le peau, ni la violence et la spirale infernale qui la précipitent toujours plus bas, à peine relevée. Une histoire à la Zola ou à la Dickens, au détail près que nous sommes à l’époque actuelle et qu’elle est rigoureusement inspirée de faits réels.
Adapté du roman homonyme de Jean Teulé, Darling raconte donc de manière plutôt inattendue le parcours de cette femme. Un traitement donc surprenant qui refuse tout pathos et apitoiement - une attitude que Darling se refuse à adopter - et opte au contraire pour une esthétique presque enfantine privilégiant les tons doucereux, une ambiance poétique. D’ailleurs, Darling commence par faire rire, sans que l’on sache très bien la provenance de ces rires incongrus : exagération des situations, malaise à évacuer face à l’horreur, prise de distance avec l’héroïne ou mimétisme avec le ton volontiers ironique et détaché que prend Darling pour nous raconter son enfance. Cette indétermination sous-tend que la réalisatrice n’a elle-même pas tranché et nous place en porte-à -faux, sapant à la base toute réelle possibilité d’empathie avec le personnage.
A l’âge adulte, mariée à un pauvre type qui cumule la médiocrité et tous les vices, Darling ne prête plus du tout à s’esclaffer. Et le spectateur de se poser la question de savoir jusqu’à quand elle supportera ce qu’elle endure. D’un point de vue sociologique, il est intéressant de noter comment Darling - à son corps défendant ? - reproduit le même schéma que sa mère, comme incapable de transcender son passé ou emprisonnée dans le carcan de ses origines.
Emouvante dans le désir qu’elle exprimait auprès de Jean Teulé, relayé à présent par Christine Carrière, de la rendre belle et de lui offrir un espace d’expression, Darling est à sa manière une héroïne de tragédie. Un portrait sans concessions, jamais cynique ni enjolivé, d’une femme qui veut rester debout face à tous les naufrages de sa vie. On a donc peine à faire état d’un enthousiasme très tiède vis-à -vis d’un film bancal et inaccompli.
Patrick Braganti
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Darling
Film français de Christine Carrière
Genre : Drame
Durée : 1h33
Sortie : 7 Novembre 2007
Avec Marina Foïs, Guillaume Canet, Océane Decaudain
Plus+ :
http://www.darling-lefilm.com/
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