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Nous, les vivants

aff film_4.jpgIl y a un paradoxe sur lequel on gloserait des heures : comment se fait-il que les pays scandinaves dont on ne cesse de nous vanter le modèle social produisent un cinéma aussi dépressif, sans illusion sur la nature humaine. Sans bien sûr atteindre les vues métaphysiques de son compatriote Ingmar Bergman, Roy Andersson, de manière plus ironique et caustique, dresse un sombre portrait de l’humanité.

Après Chansons du deuxième étage, qui lui valut en 2000 le prix du Jury à Cannes, le cinéaste rare - quatre films en quarante ans - revient avec Nous, les vivants, nouvelle variation sur l’absurdité du monde et la dureté à être humain. Et tout comme le précédent opus, une succession de 46 plans séquence comme autant de tableaux, Nous, les vivants se caractérise par une suite de saynètes à priori décousues, néanmoins traversées par des personnages communs et opérant sur un même dispositif de mise en scène. Les plans fixes constituent l’essentiel du film : ils prennent pour cadre des intérieurs (appartement, bars, salle de banquet) eux-mêmes délimités par une pléthore d’autres cadres : portes, fenêtres, murs, ascenseur, meubles. Au sein de ces sketchs, prend place une ribambelle de pauvres hères tyrannisés par la vie et par la société : une femme persuadée d’être incomprise, des musiciens amateurs qui gênent leurs voisins, un type condamné à la chaise électrique pour avoir brisé un service de table vieux de 200 ans, etc…

C’est souvent drôle et incongru, véhiculant une espèce d’humour auquel les nordistes Kaurismaki et Lars Von Trier nous ont depuis longtemps habitués. Mais la limite d’un tel procédé réside dans le jeu qui consiste à reconnaître les différents protagonistes et les liens qui les unissent. Une fois cette curiosité satisfaite, le système tourne à vide pour n’enfiler que des scènes répétitives. Heureusement, quelques moments de vraie poésie viennent s’immiscer dans un panorama définitivement glauque (pour les couleurs) et lugubre (pour tout le reste). Ainsi, par exemple, la maison des jeunes mariés qui se met en mouvement et fait défiler tout un paysage par sa fenêtre.

Nous, les vivants réussit une étrange contradiction : chaque pastille qui le compose - rarement plus de trois minutes - séduit par sa singularité et son esthétique. Mais la totalité des saynètes finit par lasser. L’objet est donc curieux et inhabituel, rien de plus.

Patrick Braganti

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Nous, les vivants
Film suédois de Roy Andersson
Genre : Satire débridée
Durée : 1h34
Sortie : 21 Novembre 2007
Avec Jessica Lundberg, Elisabet Helander, Bjorn Englund

La bande annonce :

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