My Blueberry Nights
Maître de la romance qui pense, Wong Kar-Waï retrouve ici le genre qu’il affectionne, mais pour la première fois ‘à l’américaine’. Toujours accompagné de ces couleurs saturées qui ont fait le charme de son cinéma, de ces effets clinquants et fabriqués, “My blueberry nights” trouve cette fois un vrai point de plaisir à cette direction guignolesque. Si l’on détestait le maniérisme intellectuel de “2046″, mais que l’on s’avouait sidérés par la poésie de “In the mood for love”, le cinéaste hong-kongais revient cette fois avec un drame romantique bien plus léger, moins complexe, mais qui ravive les grands plaisirs d’un cinéma de style, bercé par les effets du cinéma muet et l’esthétique conceptuelle. En découle une formidable mélancolie, mi-triste mi-souriante, tenant d’un bout à l’autre le métrage sous ses personnages désabusés. La troupe d’acteurs est superbe, de la fragile Norah Jones à la savoureuse Rachel Weisz, du nostalgique David Strathairn (sous un faux-air de Buster Keaton) au délicat Jude Law. Sans oublier la saveur d’une Natalie Portman fruitée. Tous ces êtres en quête de sens trouvent une véritable pointe d’incarnation sous la caméra du virtuose cinéaste.
Osé, le film en rebutera plus d’un (overdose de ralentis saccadés, brillance à saturation des lumières…), mais au final, malgré sa grande originalité qui l’écarte rapidement de toute romance hollywoodienne, “My blueberry nights” n’est qu’une simple histoire d’amour entre des comédiens. Toute la crédibilité passe par la réalisation hallucinogène, créant un étonnant charme, une atmosphère hors de l’espace-temps et au-delà des sens, une magie qui respire la création du ‘vrai’. Et grâce aussi à la B.O. recelant mille trésors, que quelques dialogues affligeants viennent gâcher. Mais malgré des longueurs, rien n’est enlevé à cette magie à la saveur infinie : la dose de ressenti auquel ce cinéma invite impressionne, de rigueur, de cohérence et surtout de liberté. Avec sensualité et mystère, sans déroulement particulièrement étonnant mais avec un réel amour de fabrication, Wong Kar-Waï signe un opus majeur, languit dans les questions existentielles que se posent les personnages.
La tarte à la myrtille symbolisant la légèreté inconnue, c’est avec cette dernière que ce vit cette belle odyssée du temps qui passe (la sensation en est d’autant plus accentuée que le réalisateur fait tout pour le maintenir), de la solitude et de la confiance. On en sort le cœur fondu, charmé par la naïveté réfléchie dont fait preuve Wong Kar-Waï, symboliste en puissance. Son cinéma peut finir par lasser, et c’est bien pour cela que “My blueberry nights” est une oeuvre importante dans sa carrière : il s’agit d’une œuvre nouvelle, révolutionnaire chez le cinéaste, dotée d’un happy-end magique et d’un temps qui se rétrécit plus qu’il ne se dilate. Une oeuvre qui évite toute redite donc (clins d’œil mis à part), fascinante et bizarre, musicale et romantique. Bref, du pur Wong Kar-Waï, mais du nouveau, qui prouve une fois encore une chose certaine chez ce dernier : l’histoire d’amour est ailleurs que sur l’écran ; elle est derrière, entre le cinéaste et ses acteurs.
Jean-baptiste doulcet
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My Blueberry Nights
Film français, hong-kongais de Wong Kar-Wai
Genre : comédie dramatique, Romance
Durée : 1h35
Sortie : 28 Novembre 2007
Avec Norah Jones, Jude Law, David Strathairn…
La bande-annonce :


