New thing, de Wu Ming 1

newthing.jpgWu Ming n’est pas un auteur chinois comme le sous-entend son nom, mais un collectif d’écrivains italiens qui écrivent de manière presque anonyme afin que leurs noms ne conditionnent pas leur but : dénoncer la main mise des médias sur l’inconscient de la société. Ils sont à  l’origine de multiples canulars médiatiques ayant montré la faiblesse des relais médiatiques qui couvrent de manière spectaculaire de faux événements. En marge de ces scoops engagés, chacun des cinq écrivains décide de publier une oeuvre, en rapport ou pas avec leur travaux collectifs, et que les éditions Métailié ont décidé de publier en France.

Le premier de ces ouvrages (écrit par Serge Quadruppani) est une sorte de docu-fiction à  propos de la lutte des afro-américains pour leurs droits civiques aux USA au milieu des années 60. En parallèle de ce début de guerre civile, émerge de la scène new-yorkaise un nouveau courant musical basé sur le jazz mais qui s’en détache singulièrement : le free jazz. l’auteur s’attache avant tout à  décrire de minutieuse manière les événements de l’époque, en mêlant faits historiques avérés, personnes ayant réellement existé, et témoignages purement fictifs à  propos de cette période trouble. Si bien que le lecteur est immédiatement immergé dans ce bain informatif passionnant. Mais s’invite à  ce documentaire une intrigue policière complètement anecdotique : des musiciens de jazz sont assassinés à  tour de rôle, par un mystérieux personnage rapidement affublé du nom de  » fils de Whiteman  » puisque ses victimes ne sont que des Noirs. A cette enquête peu convaincante vient s’ajouter une journaliste travaillant sur cette affaire, une certaine Sonia Langmut qui devient rapidement le pivot de tout le livre, principale témoin des avancées de l’enquête, et à  l’origine de tous les témoignages qui composent l’ouvrage.

De fait, on achève »New Thing » en pensant que le grand livre fictionnel sur le free jazz est encore à  imaginer. Wu Ming 1 s’attache à  parler de tous les passions de cette époque de révolte et de changement pour la population noire américaine, décide de faire intervenir témoins actuels de l’époque et coupures de presse au moment des faits (réelles ou fantasmées ? On hésite »), met en scène les plus grands noms de l’époque, d’Albert Ayler à  Malcolm X, des Blacks Panthers à  Ornette Coleman »Et finalement, perd un peu son lecteur dans la confusion des genres, et amoindrit ainsi son intérêt pour le sujet.

Reste une écriture impressionnante, qui épouse parfaitement son sujet musical : le style très écrit de Wu Ming, les ruptures de ton, les longues séquences comme les courts paragraphes, évoquent obligatoirement de longues plages de free jazz. Une force littéraire assez remarquable, mais noyée dans un maelström d’idées et de genres qui finit par affadir ce livre qui aurait pu être grandiose.

Jean-François Lahorgue

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New Thing
de Wu Ming 1
Editeur : Métailié
Publication :23/8/2007
225 pages – 18 euros

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