It’s a Free World

71 ans et une capacité intacte à  s’insurger contre les dysfonctionnements et autres dérives de la société capitaliste. En 2008, le cinéaste Ken Loach retrouve sa veine sociale, celle qui lui réussit le mieux et a engendré le meilleur de sa filmographie – même si c’est avec Le Vent se lève, une oeuvre »historique » qu’il obtint la Palme d’Or à  Cannes.

Avec It’s a Free World, le réalisateur de Raiing stones installe pour la première fois comme personnage central une femme antipathique qui cristallise autour d’elle les agissements cupides et crapuleux d’une société libérale. Encore que Angie ne nous soit pas d’emblée désagréable : au contraire, lorsque cette employée d’une agence de recrutement se fait virer pour avoir éconduit en public un collègue entreprenant, on éprouve d’abord de l’estime pour son insoumission, qui révèle du coup une femme énergique et battante dont la vie privée – parents modestes, compagnon envolé et rejeton difficile – semble battre au diapason.
Forte de son expérience, Angie, en compagnie de Rose sa colocataire, monte une agence pour proposer les services d’immigrants à  des patrons locaux qu’elle emploie d’abord en toute légalité avant de recourir à  des clandestins sans papiers. C’est le début d’un engrenage infernal qui pousse Angie à  commettre des actes sans pardon possible, sans retour.

It’s a Free World gagne en intensité au fur et à  mesure que Angie nous devient antipathique et insupportable, nous titillant du coup sur la question du choix : jusqu’où sommes-nous prêts à  aller ? Dans une société sans foi ni loi, d’où les agents institutionnels sont d’ailleurs absents, l’homme – et le choix d’une femme renforce ici la force du propos – est plus que jamais un loup pour l’homme. L’étape ultime d’un système qui crée une exploitation des plus pauvres par ceux qui en faisaient partie il y a peu. Mais It’s a Free World n’est hélas pas une fable car il s’inscrit dans la réalité la plus crue : celle d’un esclavagisme économique moderne qui conduit des populations à  quitter leur pays – Pologne, Ukraine, notamment – pour survivre dans des conditions indécentes.
C’est du cinéma simple, qui ne s’embarrasse pas de psychologie et va droit à  l’essentiel. En dépit de ses origines, de son parcours professionnel, Angie se mue en un monstre froid et cynique, prise au piège d’une situation inextricable. Les mises en garde de son père et la désaffection de Rose ne peuvent plus la faire revenir en arrière.

Pas de jugement de l’héroîne, à  la fois pur produit des années Thatcher instaurant en dogme le goût des affaires et de l’entreprise et victime logique d’un système qui la broie et l’aliène. Jamais manichéen ni démonstratif, It’s a Free World est un film percutant, dressant un état des lieux accablant dont il y a fort à  penser qu’il ne soit pas circonscrit au pays où il se situe. Plus que jamais, Ken Loach confirme son statut de cinéaste nécessaire dont la reconnaissance limitée et tardive sur ses propres terres suffit à  elle seule à  prouver la déshérence qui les caractérisent depuis vingt ans.

Patrick Braganti

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It’s a Free World
Film britannique de Ken Loach
Genre : Drame
Durée : 1h33
Sortie : 2 Janvier 2008
Avec Kierstong Wareing, Juliet Ellis, Leslaw Zurek

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La bande-annonce :

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