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La Fabrique des sentiments

aff film_2.jpgD’une boutade facile, on pourrait résumer La Fabrique des sentiments comme l’histoire d’une clerc de notaire parisienne (Eloïse, 36 ans) qui n’y voit pas très clair dans sa vie sentimentale. Qui, lorsque le film démarre, se réduit à un célibat prolongé et assumé en apparence. Une situation dont il n’est pas certain qu’elle lui pèse personnellement (solitude imposée, envie d’enfants) ou qu’elle soit la conséquence de la pression sociale et de la recherche d’une certaine conformité sociale - Eloïse semble être la seule célibataire au sein de son entourage.

Toujours est-il que pour rompre avec cet état de faits, Eloïse s’inscrit à une séance de speed-dating où 7 hommes et 7 femmes disposent chacun de 7 minutes pour lier connaissance et séduire avant qu’un gong sonne et redistribue les curieux duos. Dans un décor irréel, à la limite de la science-fiction, cette longue scène se pare vite d’artifices qui disqualifient le reste du film : dialogues millimétriques, très écrits, qui sentent la recherche des bons mots, rudiments de l’intrigue à venir peu subtils : s’il est évident que Jean-Luc, le bel avocat ténébreux, va attirer Eloïse, il est tout aussi logique que l’existence même d’André, looser timide et hypocondriaque, justifie les rebondissements de scénario prévisibles.

Dans la thématique si bien chantée par Souchon il y a déjà quelques années (Ultra Moderne Solitude), rien de bien nouveau sous le soleil dans une époque qui valorise de plus en plus la performance individuelle et le consumérisme, qui voit le développement exponentiel des moyens de communication accompagner celui des personnes vivant seules. En plaçant son héroîne dans un milieu favorisé (profession intellectuelle, aisance matérielle et cercle d’amis fourni), Jean-Marc Moutout court le risque de transformer ses états d’âme moroses et dépressifs en lubies inconséquentes et badines. En clair, les soucis existentiels de la jolie Eloïse - campée par une très lisse Elsa Zylberstein - prêtent surtout à sourire. Surtout qu’au départ, le réalisateur (si convaincant de Violence des échanges en milieu tempéré) multiplie les poncifs : repas d’amis avec ses conversations convenues sur la marche du monde, séance au hammam entre copines, la scène de la fête d’anniversaire.

Heureusement, La Fabrique des sentiments prend de l’épaisseur lorsque le corps d’Eloïse se met au diapason de son état mental. La maladie angoissante sert alors de révélateur au malaise qui ronge profondément la juriste. Alors que le film s’attache à emprunter une voie plus captivante en creusant son personnage et en exposant ses contradictions, il finit par opter pour une dernière pirouette peu satisfaisante et bien facile.
C’est donc la déception qui prévaut à la vue du second opus de Jean-Marc Moutout dont on ne doute pas de la capacité à observer les sociétés modernes et leurs dérives. Peut-être cette dérive-là, observée par le petit bout d’une lorgnette très bobo - le mot est laché - est-elle moins sujette à faire naître l’intérêt.

Patrick Braganti

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La Fabrique des sentiments
Film français de Jean-Marc Moutout
Genre : Comédie dramatique
Durée : 1h44
Sortie : 6 Février 2008
Avec Elsa Zylberstein, Jacques Bonnaffé, Bruno Putzulu…

La bande annonce :

Plus+ :
www.lafabriquedessentiments.com

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