La Famille Savage

Loin d’elle l’année dernière, plus récemment Faut que ça danse, Cortex : décidément, le motif récurrent de la maladie d’Alzheimer dépasse les frontières et devient une source d’inspiration pour le cinéma. Faut-il y voir là une compassion particulière des réalisateurs à une maladie qui étend chaque jour davantage ses ravages ou, plus prosaïquement, la recherche [...]

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aff film_5.jpgLoin d’elle l’année dernière, plus récemment Faut que ça danse, Cortex : décidément, le motif récurrent de la maladie d’Alzheimer dépasse les frontières et devient une source d’inspiration pour le cinéma. Faut-il y voir là une compassion particulière des réalisateurs à une maladie qui étend chaque jour davantage ses ravages ou, plus prosaïquement, la recherche d’un public aisément touché et en empathie avec un tel sujet ?

Car, en effet, il n’est pas simple d’échapper aux clichés et au pathos inhérents à des histoires de petits vieux perdant les pédales et provoquant le chagrin et l’affliction de leurs familles. A l’actif de La Famille Savage, second long-métrage de Tamara Jenkins, on met volontiers le peu de sympathie suscitée par Lenny, vieil homme installé à Sun City, une station balnéaire de l’Arizona aux couleurs acidulées irréelles, dont le comportement étrange (il tague les murs de sa maison avec ses excréments) oblige son fils Jon et sa fille Wendy à le prendre en charge.

Plus qu’à la décrépitude de Lenny, Tamara Jerkins s’intéresse à la réaction des jeunes adultes face au vieillissement et à l’éventualité de la mort de leurs aînés. C’est ici d’autant plus singulier que Jon et Wendy, quadragénaires célibataires et indépendants, plutôt intello, ont depuis longtemps rompu tout rapport avec un père défaillant – la figure de la mère restant par ailleurs dans l’ombre la plus totale. La Famille Savage analyse donc assez finement les répercussions de la maladie sur un entourage supposé indifférent : si Jon, prof de théâtre, reste pragmatique et rappelle le poids de la réalité, sa soeur culpabilise et accepte mal l’entrée de son père dans une maison de retraite peu hospitalière.

Cependant, le trait est un peu moins fin lorsqu’il suggère que l’immaturité de Jon et Wendy matérialisée par leurs galères professionnelles et sentimentales est liée à l’absence de présence et d’éducation. Le raccourci est simpliste qui sous-entend que prendre sa vie en charge nécessite la disparition du père. La Famille Savage offre néanmoins de savoureux moments et dresse en creux le portrait peu réjouissant, mais souvent grinçant, d’une nation de vieillards parqués et infantilisés.

Patrick Braganti

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La Famille Savage (titre original The Savages)
Film américain de Tamara Jerkins
Genre : Comédie dramatique
Durée : 1h53
Sortie : 20 Février 2008
Avec Laura Linney, Philip Seymour Hoffman, Philip Bosco 

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L'Auteur:

Patrick Braganti
L'idée est ici de défendre et de promouvoir le cinéma d'auteurs, qu'ils soient déjà reconnus ou en devenir. Ce sont d'ailleurs les postulants de la deuxième catégorie - dont on espère bien qu'ils rejoindront rapidement la première - qui ont notre préférence, respectant par là-même les ambitions et les intentions des créateurs de Benzine. La mauvaise foi et le parti pris ne sont pas totalement absents, histoire de titiller l'esprit critique de nos lecteurs. Bons films et bonnes découvertes.

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