L’Heure d’été

aff_film.jpgC’est une belle maison de famille parsemée d’objets d’arts, de tableaux et de meubles anciens qu’habite Hélène, qui fête aujourd’hui ses 75 ans. Réunis autour d’elle, il y a ses trois enfants : Frédéric, l’aîné, parisien et prof d’économie à  Sciences-po, Adrienne, designer à  New-York et Jérémie, installé en Chine où il dirige des fabrications de baskets. Une chaleureuse réunion de famille au cours de laquelle Hélène prend à  part Frédéric pour lui parler de la suite. La suite, en l’occurrence, c’est celle qui lui survivra après sa mort (à  75 balais, comment ne pas y penser) et sa succession pour laquelle elle souhaite donner certaines directives.

Nièce d’un peintre imaginaire dont ses enfants finiront par apprendre qu’elle fut sa dernière passion, Hélène, depuis la disparition de l’artiste Paul Berthier, s’est fait un devoir d’entretenir sa mémoire. Sa vaste demeure est ainsi devenue un musée privé, renfermant des objets de valeur à  haute teneur sentimentale : deux tableaux inédits de Corot, un bureau et une vitrine Majorelle, des gravures d’Odilon Redon. Et la préoccupation majeure d’Hélène est la destination finale de ses trésors que le Musée d’Orsay et des collectionneurs étrangers ne manqueraient pas de lorgner et de vouloir s’approprier.

Le sujet principal de L’Heure d’été est donc la transmission et avec elle, le temps qui passe. Olivier Assayas campe une famille particulièrement éparpillée à  travers le monde, exemple évident des conséquences de la mondialisation, rejoignant du coup les thèmes qu’il affectionne et aborde dans un autre pan de son oeuvre plus sombre : celle des thrillers internationaux entre Europe et Asie comme Demonlover et Boarding Gate. Passés ces clins d’oeil passerelles à  son second univers, le réalisateur de Clean préfère s’attacher aux interrogations intimes suscitées par la disparition d’Hélène. Comme elle le dit elle-même, les objets qu’elle laissera seront autant de résidus, témoignages de son existence qui perdront leur signification et leur valeur lorsqu’ils seront dépossédés de leur utilité (un vase pour des fleurs, un bureau pour travailler) et de leur environnement.

L’Heure d’été sonne toujours juste dans la description subtile des états d’âme de chacun : l’aîné resté en France est davantage attaché aux traces du passé que ses deux cadets expatriés, qui n’entretiennent pas le même rapport affectif avec un bric-à -brac envahissant dont ils sont plus intéressés pour sa valeur marchande.
Le film s’articule autour de trois moments forts, chacun constitué par des scènes de groupe : l’anniversaire d’Hélène, (Edith Scob déjà  géniale dans Didine est magnifique), le repas des trois enfants après les funérailles et une fête organisée par les petits-enfants, adolescents peu préoccupés du poids des souvenirs. En clôturant son film par la prise de pouvoir de la jeune génération, Olivier Assayas semble croire au renouveau perpétuel et nécessaire à  la notion même de transmission.

En droite ligne du cinéma de Claude Sautet, y compris dans son ancrage dans un milieu haut-bourgeois – Olivier Assayas signe une chronique lumineuse et intime sur le passage inexorable du temps, ce qu’il emporte avec lui et finit par apporter. Et réfléchit plus largement sur la place de l’oeuvre artistique, qui prend tout son sens à  travers le regard qu’on lui porte – les musées désignés du coup comme des halls anonymes visités au pas de charge par des visiteurs peu respectueux.

Patrick Braganti

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L’Heure d’été
Film français d’Olivier Assayas
Genre : Drame
Durée : 1h40
Sortie : 5 Mars 2008
Avec Edith Scob, Charles Berling, Juliette Binoche, Jérémie Rénier

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Le site officiel du film

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