Dans la vie

aff film_1.jpgLe cinéma de Philippe Faucon semble s’ancrer depuis ses deux derniers films : Samia (2000) et La Trahison (2005) dans son rapport à  la culture méditerrannéenne au sens large et de manière plus restrictive au sort fait aux immigrés. Si La Trahison peut apparaître comme une digression – au demeurant, très réussie – dans son oeuvre qui privilégie la place des femmes et le récit autobiographique centré sur une personne, Dans la vie renoue avec son univers habituel.

A Toulon – donc au bord de la Méditerranée, le choix n’est probablement pas innocent – Esther, femme âgée de confession juive, est clouée sur son fauteuil roulant et renvoie systèmatiquement ses gardes-malades que recrute son fils. Sélima, l’infirmière de jour, une jeune femme musulmane indépendante, propose les services de sa mère Halima.
Dans la vie prend place l’été 2006, période durant laquelle Israël lança une attaque contre le Hezbollah à  l’intérieur du Liban. Une des intentions de Philippe Faucon est de montrer comment le conflit moyen-oriental et toutes ses manifestations viennent impacter la vie quotidienne de communautés dont l’histoire et les origines souvent communes et entremêlées devraient être au contraire un moyen de rapprochement.

En effet, entre Esther, mère juive par excellence, supportant très mal son immobilisation et sa dépendance, et Halima, musulmane pratiquante dévouée à  sa famille, il y a bien plus de points communs que de différence : d’abord, l’Algérie qui est leur terre d’origine, vivier naturel de souvenirs et de bon temps, puis la volonté plus ou moins consciente de bousculer les préjugés et de construire à  partir de racines communes une véritable amitié qui se fait fi des mises en garde des voisins ou même de la famille : les frères et soeurs de Sélima n’appréciant guère le nouveau travail de leur mère chez une juive. Un travail dont le salaire doit aussi lui permettre de participer au financement de son pèlerinage à  La Mecque.

Dans une narration simple et linéaire, Philippe Faucon conserve les éléments distinctifs de son cinéma : appel à  des comédiens non-professionnels, filmage au plus près des visages pour parvenir à  capter ce qui vient de l’intérieur, traitement épuré, à  la limite de la sécheresse, qui refuse de s’étendre outre-mesure. Ce qui produit un format court et resserré : 1h13. Pourtant, en un peu plus de 70 minutes, Dans la vie saisit les composantes contradictoires de la vie de ses trois héroînes. Au cours d’un déjeuner que Sélima offre à  sa mère, sa tante et sa cousine, on perçoit le poids des traditions et comment il n’est pas simple pour la jeune infirmière d’être en opposition avec sa famille et son entourage. Ce qui illustre le mieux les obstacles à  vivre ensemble dans un pays d’accueil, c’est sans doute l’utilisation de la langue : l’arabe réservé aux conversations intimes, aux problèmes graves, le français à  l’échange plus futile et lèger.

On aime donc beaucoup Dans la vie et le parcours au-delà  des apparences de deux femmes. Un parcours émaillé de colère, de fous rires et d’une vraie émotion. Jusqu’à  la séparation déchirante, traitée là  aussi avec infiniment de tact et de distance. Mais on sait déjà  que ce chagrin ne sera qu’éphémère : grâce aux bons soins de Halima, Esther est de nouveau dans la vie.
Ne vous fiez donc pas à  une affiche un tantinet réductrice car Dans la vie, qui élabore sans doute une cuisine »nouvelle » mélangeant le kasher et le hallal, n’est pas qu’une simple comédie. Mais avant tout un film humaniste, évitant toute miévrerie et angélisme, cultivant les bons sentiments, non comme un procédé en soi, mais comme un vecteur possible de réconciliation.

Patrick Braganti

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Dans la vie
Film français de Philippe Faucon
Genre : Comédie
Durée : 1h13
Sortie : 12 Mars 2008
Avec Sabrina Ben Abdallah, Zohra Mouffok, Ariane Jacquot, Hocine Nini

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