L’orphelinat

orphelinat.jpgPassionnant parce qu’il regorge de symboles complexes, »L’orphelinat » est une belle preuve de la maîtrise du cinéma espagnol d’épouvante. Après le très bon »Abandonnée » (Nacho Cerda) l’année dernière, Juan Antonio Bayona s’attaque ici à  un film dont le surnaturalisme se fonde sur le rationnel, plutôt un drame reposant sur des données fantastiques seulement en ce qu’il tend à  construire l’effroi. Avec une élégance remarquable, le jeune cinéaste tisse un récit d’épouvante à  priori classique, mais parvient à  en tirer une substance dramaturgique étonnante, repoussant, vers une vision élaborée, la thématique du deuil et de l’adoption. Grâce à  l’interprétation imprégnée de Belen Rueda, à  une mobilité de mouvement voluptueuse et un travail sonore époustouflant, »L’orphelinat » intrigue, fascine, et dégoûte quand il se penche sur l’abîme de la perte d’un être cher, passages d’une émotion éprouvante qui titillent doucement notre sensibilité et notre vécu pour y chercher une peur que nous cachons, pénétrant notre refuge personnel jusqu’au vertige.

Et puis avant tout, »L’orphelinat » fait très peur ; au-delà  des portes qui grincent, les effets sonores abondent et font merveille, les séquences inattendues surgissent de nul part (et c’est ici une qualité, car ce nulle part à  un sens), et certains passages sont à  tels points effrayants et imprévisibles que l’on tente en vain de regarder ailleurs, tout en restant intrigué par la machine mise en route par Bayona à  l’écran ; en témoigne l’incroyable scène du médium, à  se tordre les doigts »diaboliquement réalisée.

Mais au coeur palpitant de ce film d’épouvante à  l’architecture classique se cache une vraie et consistante réflexion sur les notions familiales, le partage et l’abandon. Esthétiquement, le travail est magnifique, l’ambiance est d’une profondeur angoissante qui surprend, et au lieu d’un film qui s’annonçait maladroit, le cinéaste nous livre une vraie vision approfondie sur cette famille qui dérape droit vers la mort, faisant du surnaturel une manière d’appréhender le réel. La fin, d’un pessimisme qui fait plaisir à  voir, est une merveille d’intensité ; les conclusions restent assez libres grâce à  leurs contours floutés, et les symboles précédents prennent encore plus de sens ; en ressort une impression de malaise, de jouissance face à  une si belle maîtrise face au classicisme qui déborde, et une émotion malheureusement qui se raréfie dans le cinéma d’épouvante ; celle d’une mère démunie qui, jusqu’à  ses profonds souvenirs, creuse sa propre tombe.

Jean-Baptiste Doulcet

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L’orphelinat
Titre original : El Orfanato
Film espagnol, mexicain de Juan Antonio Bayona
Genre : Drame, Fantastique
Durée : 1h46
Sortie : 5 Mars 2008

La bande-annonce :

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