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La Zona, propriété privée

aff film_6.jpgDe somptueuses et identiques villas entourées de pelouses parfaitement entretenues, des grosses cylindrées garées devant : les premiers plans de La Zona, propriété privée installent une atmosphère irréelle : un lieu aseptisé qui n’est pas sans rappeler pour les plus anciens d’entre nous le village de la série britannique mythique Le Prisonnier ou encore l’univers hermétique et artificiel de The Truman Show. Lorsqu’après avoir balayé cette espèce de paradis, la caméra s’élève, c’est pour révéler en un travelling saisissant l’envers du décor : derrière les murs d’enceinte surmontés de barbelés et de caméras espionnes s’entassent les bidonvilles et les favelas des coteaux de …Mexico.

Trois adolescents pénètrent dans le quartier sous haute surveillance et y commettent un vol qui tourne mal : deux sont abattus, le troisième qui est aussi le plus jeune devient la proie des résidents, tout à fait hostiles à ce que la police de la ville vienne se mêler de leurs affaires, préférant obéir à leurs propres règles et s’en remettre à leur service de sécurité.
Le premier long-métrage de Rodrigo Pla ne s’embarrasse guère de psychologie et sait viser très juste : les dix premières minutes suffisent à planter le décor et à poser l’intrigue. Plus qu’à celle-ci d’ailleurs, qui s’articule notamment autour de la rencontre prévisible entre l’ado traqué et un gosse de riche de La Zona, on perçoit très vite que le réalisateur s’intéresse davantage au phénomène que représente ce ghetto hyper sécurisé. Détachés du monde réel qui les entoure et qu’ils rejettent ou ignorent, les résidents privilégiés et retranchés finissent par vivre en vase clos, voyant en toute personne différente un ennemi potentiel à chasser ou abattre.

La vision du monde que développe Rodrigo Pla est tout bonnement terrifique car elle ne sauve personne : ni les riches ghettoïsés au comportement barbare et violent, gouvernés par une peur endémique, ni les autorités policières passives et corruptibles - malgré l’apparente volonté d’un inspecteur grande gueule et revanchard. Ici l’homme est définitivement devenu un loup pour l’homme et on n’entrevoit guère d’espoirs.
La Zona, propriété privée prend donc la forme d’un thriller politique, dense et touffu, brossant un état sans illusions à travers le prisme fictionnel, peut-être un peu trop balisé par endroits. Une des bonnes idées du film est néanmoins d’avoir rendu le quartier chic éminemment anxiogène : tributaire d’un générateur défectueux, il est régulièrement plongé dans l’obscurité totale. Au regard de la tension qui règne et des dissensions entre habitants, il n’a rien d’un havre de paix idyllique.

Dénonçant une société, de plus en plus schizophrène, à deux vitesses obsédée par le tout sécuritaire qui s’étend bien au-delà des frontières mexicaines, La Zona, propriété privée fait preuve jusqu’au bout d’une efficacité et d’une cohérence remarquables. Moins allégorique que le très controversé Carlos Reygadas, Rodrigo Pla réussit son coup d’essai. Cinéaste à suivre.

Patrick Braganti

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La Zona, propriété privée (Titre original : La Zona)
Film mexicain de Rodrigo Pla
Genre : Drame
Durée : 1h38
Sortie : 26 Mars 2008
Avec Daniel Gimenez Cacho, Maribel Verdu, Carlos Bardem

Plus+ :
http://www.memento-films.com/lazona/

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