Terroriste, de John Updike

Terroriste.jpgNew Prospect, USA. Une des innombrables banlieues sales et tristes des environs de Manhattan, un des quartiers où l’Amérique des laissés-pour-compte se regarde décliner. C.’est dans ce no man’s land où les promesses des politiques et des plus nantis n’ont même plus de sens, dans ces lieux où s’en sortir devient un véritable défi, qu’Ahmad Mulloy est né, a grandi et ne supporte plus ce monde impur qui l’entoure. Fils d’un Egyptien disparu à  sa naissance et d’une Américaine d’origine irlandaise, Ahmad veut quitter le lycée et les études pour devenir chauffeur de poids lourds. Au grand étonnement de son conseiller d’orientation, Jack Levy, juif athée, qui décide de le prendre sous son aile et de le dévier peu à  peu de ses relations avec l’imam du quartier. Cet imam dont Ahmad suit tous les préceptes, jusqu’à  petit à  petit se retrouver manipulé et devenir un terroriste kamikaze.

Enfin. Le traumatisme post-11 septembre 2001 commence à  voir émerger une quantité d’écrivains qui font de cet événement historique un terreau plus ou moins fort de leurs ouvrages. Don de Lillo, Jay McInerney ont commencé en beauté cette exploration de l’Amérique d’après, et au tour d’Updike de l’évoquer, et de manière plutôt originale. C.’est donc après l’effondrement des tours du World Trade Center, en plein désarroi et suspicion pour tout ce qui ressemble de près ou de loin à  la chose islamique, dans un pays où le racisme pro-arabe et les confusions refont surface, que l’action de  » Terroriste  » trouve son terreau idéal. Mais plutôt que de s’attacher de près à  la transformation d’un citoyen en fanatique religieux et meurtrier, Updike préfère être l’observateur désabusé et en colère d’une Amérique désenchantée et en perte de repères, une Amérique où plus rien n’a de sens, et tout extrémisme peut donc facilement s’installer et faire sombrer des citoyens sans but. Tous ses personnages, que ce soit Ahmad, Jack Levy, la mère d’Ahmad ou même l’imam, tous ont finalement le même regard sur la terre où ils vivent, une société qui part à  vau-l’eau pour le conseiller d’orientation, et qu’il faut purifier (pour l’imam et ses sbires).

 » Terroriste  » est un roman osé, dans le sens où il prend à  contre-courant le thème tel qu’on l’imaginait. Les critiques américaines ont reçu l’ouvrage avec amertume ou avec rejet, et pour cause : pour John Updike, l’ennemi, c’est ce que la société américaine à  créé. Un petit brûlot, en somme, que jette cet immense auteur à  la face d’un pays qu’il a de plus en plus de mal à  aimer »

Jean-François Lahorgue

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Terroriste
de John Updike
Traduction de Michèle Hechter
Editeur : Seuil
348 pages – 22 euros
Publication : mars 2008

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One thought on “Terroriste, de John Updike

  1. Certes la vision de la société americaine prisonnière de ses medias débiles figure en bonne cible dans le livre de Updike. Et il tire à boulets rouges, tout en ménageant de belles pages drôles à l’usage du lecteur.
    Mais il montre aussi la lâcheté et l’esprit étroit des fondamentalistes qui veulent détruire tout ce qui n’est pas deleurs croyances, et sans souci des pertes humaines.

    http://grain-de-sel.cultureforum.net/litterature-americaine-f2/john-updike-t4690.htm

  2. Certes la vision de la société americaine prisonnière de ses medias débiles figure en bonne cible dans le livre de Updike. Et il tire à boulets rouges, tout en ménageant de belles pages drôles à l’usage du lecteur.
    Mais il montre aussi la lâcheté et l’esprit étroit des fondamentalistes qui veulent détruire tout ce qui n’est pas deleurs croyances, et sans souci des pertes humaines.

    http://grain-de-sel.cultureforum.net/litterature-americaine-f2/john-updike-t4690.htm

  3. Certes la vision de la société americaine prisonnière de ses medias débiles figure en bonne cible dans le livre de Updike. Et il tire à boulets rouges, tout en ménageant de belles pages drôles à l’usage du lecteur.
    Mais il montre aussi la lâcheté et l’esprit étroit des fondamentalistes qui veulent détruire tout ce qui n’est pas deleurs croyances, et sans souci des pertes humaines.

    http://grain-de-sel.cultureforum.net/litterature-americaine-f2/john-updike-t4690.htm

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