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Portishead - Third

portishead.jpgComment donner suite, après une looooooongue absence de près de 10 ans, à deux albums adulés par le landernau et appropriés par un large public? Avec, pour difficulté préalable à l’exercice, le dossard d’inventeur d’un style - trip hop - qui a eu connu son heure de gloire et son régiment de suiveurs…

L’exercice est difficile. Et les Stone Roses, rejetons et modèles de Madchester, savent qu’il est difficile de réussir un second coming. De cette gageure, Portishead fait un non propos, arrivant tout la fois à se réinventer dans un nouveau siècle musical qui a re-porté son regard sur les guitares, et à reprendre les fans par la main, sans les perdre en route.

Cela faisait d’ailleurs partie de la condition sans laquelle il n’y aurait pa eu l’envie de retravailler ensemble. Inventer, sortir du chemin de grande randonnée tout tracé, laisser à l’ensemble des membres du groupe la possibilité de s’exprimer et d’imprimer une nouvelle direction. Préambule obligatoire, sans lequel les uns auraient continué à la production, à la carrière de musicien ou à l’expérience solo de Beth Gibbons, peut être renouvelée avec Rustin man.

Le nouvel opus est donc à la fois très Portishead et très nouveau pour le groupe. D’abord au niveau de l’atmosphère générale. Etonnemment, il nous semble que ce nouvel album est plus sombre que ses prédécesseurs. Comme si ce qui était un vague à l’âme éthéré, par le passé, devenait une véritable mélancolie, rendue bigrement touchante parce que servie sur un lit d’ambiances plus immédiatement terre à terre.

L’atmosphère réaliste infuse tout l’album. Un disque dont les sonorités sont moins rondes, roulantes, lascives. Il y a de “l’arète” dans ce nouvel album: des grincements, de la guitare électrique, des riffs distordus joy divisionniens, des bruits machiniques, des alarmes entêtantes, de la réverbération, une batterie parfois martiale. On pourrait penser qu’il s’agit là d’une volonté de Portishead de céder aux sirènes de la mode. Bien plutôt serait-on enclins à croire qu’il s’agit d’une emprise de la vie contemporaine sur l’opus. Third renouvèle la formule de Portishead, sans la trahir, comme jadis le mezzanine s’appliquait à rédéfinir Massive Attack. Avec une certaine torpeur pour point commun.

Oscillant, dans l’ unité d’atmosphère précédemment décrite, sur des tons et en des modes aussi variés que peu habituels chez Portishead (que dire de ces instants oú Gibbons est accompagnée d’un seul banjo pour partir dans un blues sudiste décharné, suivis juste après, d’un titre à la Portishead servi sur un loop électronique qu’on jurerait pourtant évadé plutôt du Terminator 2 que de Dummy), l’album maintient en haleine, intrigue, rebondit sans ménager, mais dans une perpétuelle excellence qu’on constate dès la première écoute, d’instinct; avant que l’esprit analytique ne se mette à envisager les ferments de la réussite.

Au milieu, la voix de Beth Gibbons agit comme un fil rouge entre les précédentes aventures et la nouvelle formule. Finalement, on est presque rassuré quand de son timbre doux et néanmoins plaintif comme un fantôme, elle prend l’auditeur par la main. Non pas pour fendre les nuages gris qui survolent nos têtes, non, juste pour nous aider à traverser cette avenue urbaine, un peu sâle et inquiétante, battue par la pluie de Bristol ou de n’importe où dans chacun de nos mondes.

Denis Verloes

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Island / Universal

Tracklist
01. Silence
02. Hunter
03. Nylon Smile
04. The Rip
05. Plastic
06. We Carry On
07. Deep Water
08. Machine Gun
09. Small
10. Magic Doors
11. Threads

Date de sortie:
28 avril 2008

Plus+
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La vidéo de Machine gun via Youtube

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