Les Orphelins de Huang Shi

Il faut toujours se méfier de la mention »inspiré par des faits réels » au cinéma comme en littérature. Car, sous prêtexte d’avoir à  traiter une histoire dont le caractère exceptionnel, extraordinaire ou hors du commun semble suffire à  en justifier la transposition, les cinéastes ou les auteurs qui s’y collent font souvent preuve d’un manque certain d’imagination ou d’audace, s’arc-boutant sur des conceptions dépassées et archi-exploitées de leur art. Quand en plus des enfants entrent en ligne de mire, on évite rarement de ne pas titiller la corde sensible du public.

Les Orphelins de Huang Shi n’échappe donc à  aucune embûche prévisible et se révèle un film totalement lisse et sans réelle surprise, dont néanmoins le soin apporté à  mener un récit et à  le mettre en scène peut séduire une majorité de spectateurs. La vie de George A. Hogg fournit le terreau idéal au dernier film de Roger Spottiswoode, réalisateur il y a dix ans du James Bond : Demain ne meurt jamais. Et il est vrai que nous pourrions établir un parallèle entre le héros de Ian Fleming et ce jeune journaliste britannique à  l’élégance chic, en poste à  Shanghai lors de l’occupation du pays par le Japon dans les années 30. Après une halte à  Nankin, lieu des massacres de la population locale, Hogg est envoyé vers un orphelinat laissé à  l’abandon. Secondé par une infirmière américaine, il conduit les orphelins à  mille kilomètres de là  lorsque l’ennemi se rapproche.

La foi, dit-on, soulève les montagnes. L’énergie positive et la croyance en l’homme – des qualités très américaines, voire hollywoodiennes – du jeune journaliste converti en mécanicien, nounou, jardinier et professeur vont permettre de franchir des sommets enneigés et glaciaux. Tout cela est donc too much : de la reconstitution du Shanghai mondain, infecté d’européens décadents, aux scènes de guerre (bombardements et déambulations dans les ruines de Nankin), les personnages promènent leurs silhouettes impeccables dans des décors léchés où tout semble ordonné et calculé. Interprétant le rôle de Hogg, le sexy Jonathan Rhys-Meyers – regard clair et sourire dévoilant une dentition impeccable – offre peu d’aspérités et de relief à  ce personnage, espèce de héros romantique. On ne pourra même pas lui reprocher d’en faire trop, au contraire il peine à  imprimer une quelconque épaisseur – qui serait constituée de doutes, d’interrogations ou même d’erreurs – qui le rendrait tant soit peu tangible.

Les Orphelins de Huang Shi, parfaite illustration du cinéma de papa, se laisse cependant voir sans ennui ni réel déplaisir. Outre l’aptitude à  relater l’épopée sans temps mort dans une approche certes linéaire de la narration, Roger Spottiswoode sait aussi tirer pleinement profit des paysages à  couper le souffle qu’il traverse, que ce soit les montagnes du centre ou les régions désertiques du nord. Destin d’exception, nature magnifique, pincée d’amour et profusion de bons sentiments sont donc les ingrédients attendus et bien dosés de cette fresque.

Patrick Braganti

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Les Orphelins de Huang Shi
Film américain de Roger Spottiswoode
Genre : Drame
Durée : 1h54
Sortie : 11 Juin 2008
Avec Jonathan Rhys-Meyers, Michelle Yeoh, Chow Yun-Fat

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Site officiel

La bande-annonce :
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