La Cité des hommes

aff film_5.jpgAvec La Cité des hommes, Paulo Morelli ferme en quelque sorte le cercle que Fernando Meirelles avait ouvert en 2002 avec La Cité de Dieu, sorte d’état des lieux ultra réaliste de la violence urbaine au Brésil à  travers le parcours de deux garçons Fusée et Petit Dé, film choc qui révélait un réalisateur et allait surtout provoquer un véritable élan de la part du public. Ce qui déboucha d’abord sur une série télé qui cette fois faisait de Laranjinha et Acerola les héros centraux, deux adolescents carioca des favelas, pris dans l’engrenage de la violence et de la pauvreté. Devant le même succès rencontré par la série télé, Paulo Morelli, le réalisateur d’une des saisons, entreprit d’en assurer la transposition pour le grand écran.

Les deux amis de longue date ont à  présent 18 ans. Un peu malgré lui, Acerola est devenu le père d’un petit Clayton, une paternité qui lui pèse et l’effraie. Quant à  Laranjinha, c’est de ne pas avoir connu son propre père qui lui pose problème. Alors qu’ils s’activent à  retrouver sa trace, les garçons sont entraînés malgré eux dans les guerres intestines qui sévissent entre trafiquants de drogue et bandes locales. Des conflits violents et fortement armés pour la mainmise sur l’économie souterraine d’une favela, où la vie des occupants paraît avoir peu de prix.

Pour ceux qui ont vu La Cité de Dieu et la série télé – diffusée sur France 5 il y a quelques années – le territoire investi est connu : celui des bidonvilles grouillants aux flancs des collines de Rio de Janeiro dans lesquels la survie apparaît comme un combat quotidien, en dépit d’une apparente douceur de vivre que procureraient par enchantement le soleil permanent et la proximité de la mer. Est également reconnaissable la manière de filmer, caméra à  l’épaule, au plus près des acteurs dont elle souligne sans cesse la sensualité : beauté des corps musclés, en sueur, souvent à  moitié nus. Comme si, au passage, les jeunes paumés des favelas revendiquaient là  leur seule richesse. Dans ce parti pris formel, le film n’évite pas les écueils d’une image trop léchée, d’un rythme syncopé et de l’utilisation de certains clichés : gamins jouant au football, la musique omniprésente, les vues un peu trop touristiques sur la baie de Rio.
Cependant, il reste une approche très documentaire de cette ville fascinante et paradoxale, gangrénée par la violence qui se propage dans ses quartiers défavorisés devenus zones de non-droit.

La Cité des hommes est en fait celle des pères absents, parce que morts ou emprisonnés, ou plus prosaîquement lâches et incapables d’affronter leur responsabilité.
Et cette absence d’éducation et d’encadrement semble rejaillir sans cesse sur les codes qui régissent la vie des favelas. Sans envisager que cela s’arrête, bien au contraire la violence anarchique s’accroît, alors que dans une proportion inversée l’espérance de vie diminue.
Donc rien de révolutionnaire pour le cinéma avec La Cité des hommes, mais son ancrage dans la plus noire des réalités et le jeu de tous les interprètes, dont la plupart sont issus des favelas, ne laissent pas indifférent et permettent de suivre le film sans déplaisir ni ennui.

Patrick Braganti

3.gif

La Cité des hommes (Titre original : Cidade dos Homens)
Film brésilien de Paulo Morelli
Genre : Drame
Durée : 1h50
Sortie : 23 Juillet 2008
Avec Douglas Silva, Darlan Cunha, Jonathan Haagensen

Envie de partager :

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *