WALL-E

aff_film.jpgLe plus incroyable dans ce nouveau long-métrage Pixar, avant de se lancer dans la ribambelle de jolis mots qui forment une critique dithyrambique, est la façon dont ses auteurs ont su condenser toute la précédente magie du studio ; ainsi de Toy Story 1 et 2 on retrouve la révolution, de 1001 pattes l’inventivité, de Monstres & cie l’audace, du Monde de Nemo le récit initiatique, des Indestructibles la virtuosité et l’aspect visionnaire, de Cars la mythologie et de Ratatouille la malice et la beauté.

WALL-E respire de tout cela à  la fois. Il est probablement, avec Le roi et l’oiseau et Le voyage de Chihiro, l’un des plus beaux dessins animés jamais réalisés. Sans même parler de la prouesse technique habituelle, et plus parfaite que parfaite (!), WALL-E est une oeuvre carrément nécessaire pour comprendre la folie des hommes. Ecolo, épuré au point de retrouver l’apesanteur de 2001, l’odyssée de l’espace – dont il s’inspire avec jubilation – , novateur (une histoire d’amour entre deux robots sans dialogue, en plein chaos!), le récit, imposé par l’actuelle course à  la présidence américaine, pose des marques peu à  peu, se densifie jusqu’à  un point étonnant (références à  Blade Runner, Lloyd et Keaton, société de consommation destructrice), et la fin, optimiste et d’une rare émotion, suscite un émerveillement et une magie qui laissent sans voix. On a l’impression d’avoir assisté à  un spectacle visionnaire et démentiellement humain.

L’échange robotique se fait dans l’utilisation de gestes simples, d’émotions transcrites dans un travail de gestuelle et de regards incroyablement profonds. L’expression métallique et pourtant infiniment charnelle du personnage donne l’impression qu’il se déroule sous nos yeux une des plus belles histoires d’amour, propulsée hors de tout langage ou de toute culture, franchissant l’infranchissable barrière de la communication par l’épure du geste et du regard, emportée par l’abstraction visuelle et linguistique (Bip, Zurp, Gliiing), la déformation sonore de mots simples et habituels. C’est ici que le film atteint l’universel, dans son pacte avec le silence. WALL-E est donc un film important dans son approche du langage entre l’homme et la machine, la machine et la machine, l’homme et l’homme, peu importe. Tout se joue dans la phosphorescence des néons, dans des courts-circuits parasités, des tas de ferrailles qui disent »Eve » dans l’entraide vitale entre n’importe qui pour la survie d’une nation décomposée par la toxicité et les promesses non tenues d’un gouvernement traître. WALL-E, acerbe et critique, regorge pourtant d’une tendresse qui est celle d’une création nouvelle et attachante, au-delà  de la méchanceté de son attaque contre le mercantilisme et la manipulation du confort (on force les humains à  boire et à  manger n’importe quoi, on badigeonne les robots de maquillage, n’importe comment et pour rien).

Preuve totale de la maîtrise de Pixar, WALL-E est un des rares dessins animés à  ne pas comporter de méchant(s) ; l’ennemi ici, l’obstruction du chemin de ces deux robots amoureux, c’est la société gouvernante des hommes gras et incapables de bouger. Malbouffe, pollution, invasion technologique, extrêmisme politique (certains robots sont le reflet direct de certaines figures), remise en question de certaines notions gouvernementales et du fondement démocratique, WALL-E va très loin, et se fait d’autant plus nécessaire qu’il est la preuve enfin certaine, pour les plus récalcitrants, qu’un dessin animé n’est pas seulement une animation niaise, des coups de crayons enfantins. La gravité mêlée à  la poésie d’un premier jour qui entame cet extraordinaire chef-d’oeuvre a la force d’un pamphlet à  la Michael Moore, subtil cette fois.

Sans les mots, comme certains font du vélo sans les mains, Pixar dit l’état du monde, le danger que notre inconscience représente, et conclut son film dans un firmament d’une beauté sans nom, miroir de scènes ultimes et fortes (l’extincteur dans l’univers, sûrement l’une des plus belles séquences du XXIème siècle!). Porté par des sons irrésistibles et une musique à  faire pleurer une armoire (même quand il s’agit de musique additionnelle), WALL-E se fait l’incarnation sublimée du futur.
La matière émotionnelle, renversante dans son rendu (rappelons-que WALL-E n’est pourtant qu’un robot déglingué!), les scènes bouleversantes qui montrent l’incapacité d’une relation, et aussi simplement la virtuosité pure et ludique des courses-poursuites dans la station spatiale (les enfants adoreront assurément), montrent que Pixar est, de nos jours, le plus génial marionnettiste des fausses matières et des vraies émotions. Jouets, robots, monstres, voitures… Que devient l’impossible?

Jean-Baptiste Doulcet

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WALL-E
Film américain de Andrew Stanton
Genre : Animation
Durée : 1h37
Sortie : 30 Juillet 2008

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