Le Premier jour du reste de ta vie

La nostalgie sirupeuse et la famille parée de tous les vices et de toutes les vertus, voici les deux terreaux sur lesquels se construit Le Premier jour du reste de ta vie, deuxième film de Rémi Bezançon, qui devrait par sa forme proche du téléfilm, son enfilage de clichés éculés et sa vénération d’un passé proche avec son cortège de réminiscences (musique et vêtements en gros) rencontrer l’adhésion d’un large public.

Le film s’articule autour du chiffre cinq : cinq comme le nombre de membres de la famille formée par Robert et Marie-Jeanne et leurs trois enfants; cinq comme le nombre de journées décisives ponctuant la destinée de la tribu, passant prévisiblement de la légèreté associée ici à  la qualité de vie des années 70 à  la gravité la plus téléphonée possible.
C’est donc une succession de lieux communs dont on se demande, amusés puis dépités, jusqu’où ils se dérouleront. Entre la figure autoritaire du grand-père vieux con qui cache par pudeur sa tendresse et celle des trois enfants (l’aîné pétri de sa suffisance, le cadet rebelle et artiste et la benjamine en perpétuelle crise d’adolescence), le couple parental joue les tampons et finit par véhiculer le même type de caricatures : lui humilié par son père qui lui reproche en filigrane d’être un raté et elle refusant sa cinquantaine avec son lot de manifestations ridicules (reprendre des cours à  la fac, s’habiller jeune, fumer des joints, avoir recours à  la chirurgie esthètique, prendre un amant).

Comment peut-on prendre au sérieux un seul instant cette succession de scènes pas drôles – le très mauvais goût de l’usage d’un bibelot touristique – et tire larmes – évidemment la mort et la maladie sont au rendez-vous. Une scène de concert où Robert est venu encourager son fils est à  cet égard emblématique : on l’y voit mimer un solo de guitare…sans guitare. Exactement l’impression qui se dégage de l’ensemble du film.
L’engouement suscité par Le Premier jour du reste de ta vie laisse en effet pantois, mais il prouve aussi le besoin à  voir sur l’écran le reflet de sa propre vie, ses interrogations intimes. La famille reste un matériau inépuisable pour tout créateur, ne serait-ce que parce qu’il en possède une lui-même et qu’il y trouve les prémisses de sa création. L’éternelle question étant bien sûr la marque que ledit artiste va apposer à  ce matériau. On a vu dernièrement la manière magistrale de Desplechin, à  l’opposé exact de Bezançon : envisager la famille comme source de conflits inextinguibles et destructeurs sans réconciliation à  deux balles histoire de mettre tout le monde d’accord et surtout dépasser la typologie caricaturale et attendue de personnages insipides et formatés.

Le pire ou le plus dérangeant, c’est qu’au final on ne passe pas un mauvais moment : il y a même des bonnes idées de mise en scène et l’interprétation ne défaillit pas. Reste néanmoins l’impression poisseuse de s’être fait berner, que le réalisateur a fait appel à  nos sentiments les plus vils : ici plus que de sensibilité il est avant tout question de sensiblerie. Paradoxalement, c’est souvent plus efficace et direct, mais ça ne fait jamais de grands films. Tout au plus un gentil divertissement de dimanche soir à  la télévision…à  regarder en famille.

Patrick Braganti

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Le Premier jour du reste de ta vie
Film français de Rémi Bezançon
Genre : Comédie dramatique
Durée : 1h54
Sortie : 23 Juillet 2008
Avec Jacques Gamblin, Zabou Breitman, Déborah François

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2 thoughts on “Le Premier jour du reste de ta vie

  1. Je préfère encore ça au trip maniaco-intello de Despleschin…

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