Nouvel album pour le seul rejeton rescapé de la période baggy du début des années ’90. Un album de retour nostalgique aux années qui ont fait le relatif succès indé de Tim « the lips » Burgess et sa bande de rockeux pour Hacienda mancunienne.
En fait, depuis Tellin Stories, cinquième et « dernier » album d’une lignée qui partait du single dance et baggy the only one I know, on avait pris l’habitude d’écouter les Charlatans se réinventant sans cesse, dans une indifférence quasi générale. Mais une démarche de reconstruction qui valait aux fans de continuelles raisons de s’extasier devant l’originalité, devant la fuite en avant, sur des bases qui pourtant maintiennent captifs les amateurs de la première heure (votre serviteur est-il le seul, emporté un soir de Nuits Botanique par la puissance de la machine à danser du groupe mélangeant orgue et guitare rock, au point de faire sautiller et onduler toute l’Orangerie du haut lieu musical bruxellois ?).
Et réinvention n’est pas un vain mot pour le groupe qui a réussi à continuer à avancer malgré le décès de son claviériste initial et pilier de la formation, malgré le passage du siècle et le passage total de la mode à l’électronica – dont Primal Scream évadé de la même époque a quant à lui a nourri son inspiration-. Cette quête perpétuelle de la nouveauté nous a donné un Charlatans venant se frotter, sans trop de ridicule, à la mystique de Prince, et jusqu’à réexplorer les codes du rock psyché américain, tendance côte ouest et plages sablonneuses. On restait parfois interdit, mais toujours on saluait la prise de risque et la remise en question d’une formule éprouvée.
Le nouvel opus en cela surprend. Point ici de nouveau territoire d’exploration, si ce n’est celui de la production. Une production qui semble ici tenir le haut du pavé, répartissant la pertinence des instruments/ingrédients comme un chef d’orchestre tout puissant, capable de ramener Burgess à chanter comme du temps de l’album eponyme du milieu des ’90. Tony Ferrino doit en être content. Les mécaniques de production remontent le clavier haut dans le mix, et lui confèrent un rôle atmosphérique, appuyé par une guitare en constant overdrive qui rappelle souvent les envolées du Cure de Wish. Le relatif perdant de cette production au bistouri est la basse. Non qu’on lui vole la vedette, elle qui a toujours été le fidèle instrument du groove Charlatanien, mais bien plutôt parce que la production a décidé de lui conférer le rôle –ingrat- de sapeur. Elle vient se glisser sous les riffs, de guitare et les envolées de clavier, pour soutenir l’ensemble à coups de sons collants qui se baladent d’un côté à l’autre du casque où on se plait à écouter l’album. On l’aurait préféré plus nette et roulante, plus incisive comme une batterie que roulante comme sur les vieux Ride. Reste qu’elle groove à l’ancienne et que rien que ça, fait que The Charlatans n’est pas un groupe tout à fait comme les autres.
Le nouvel album a décidé de regarder dans le rétroviseur. Et pour la première fois, The Charlatans font du surplace. Ils délivrent un album qui eût trouvé sa place, sans apparent anachronisme, à la suite de Tellin Stories, avec une logique de production améliorée qui eût été explicable en évolution de l’époque. The Charlatans enfile donc les bombinettes rock/dance comme d’autres les perles, et il est toujours aussi difficile d’écouter un de leurs albums sans être pris de l’irrépressible envie d’onduler la marche qui nous conduit au buureau ou de danser les points à hauteur des pectoraux, comme au bon vieux temps de nos années universitaires. Le seul bémol qu’on mettra à l’écoute de ce nouvel essai est qu’il fait jouer la compétition interne. En effet, puisque les Charlatans ont décidé de regarder dans le rétroviseur -les médisants diraient : se regarder le nombril- on ne peut s’empêcher de comparer les nouvelles compositions de leurs plus anciennes. C’est là que la sentence est la plus dure : forcément, attrait de la nouveauté en moins, époque révolue et rage post-adolescente évacuée, même la meilleure machine à danser apparaîtra plus fade que celle qui est arrivée jadis, dans l’espace-temps adéquat et dans une époque non encore dévolue aux niches musicales et à la pléthore de choix.
Il n’en demeure pas moins que you cross my path est un excellent album. Et tout qui ne connaîtrait pas encore The Charlatans, ces têtes de bois mancuniennes, y verrait un excellent viatique pour un bout de chemin en leur compagnie, une excellente porte d’entrée pour aller jeter un œil sur leur carrière de vieux briscards. Les autres, ceux qui n’ont pas vraiment quitté leurs basques, trouveront de quoi se réjouir au fil de la quarantaine de minute que dure l’album. Malheureusement, plus de quoi s’étonner, mais suffisamment pour s’enthousiasmer.
Denis Verloes
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Tracklist
Disque : 1
1. Oh! Vanity
2. Bad Days
3. Mis-Takes
4. The Misbegotten
5. A Day For Letting Go
6. You Cross My Path
7. Missing Beats (Of A Generation)
8. My Name Is Despair
9. Bird
10. This Is The End
Disque : 2
1. A Margin Of Sanity
2. Acid In The Tea
3. You Cross My Path (Live)
4. Bad Days (Live)
5. Mis-Takes (Live)
6. Oh ! Vanity (Live)
7. This Is The End (Live)
Date de sortie : 12 mai 2008
Label: Pias
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La chronique de Simpatico sur Benzinemag
Le clip de The misbegotten via Youtube
















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