Mademoiselle K - Jamais la paix
Mademoiselle K m’irrite. Je m’étais fait porter pâle pour la chronique du premier opus, que le frangin avait quant à lui plutôt apprécié. Je me lance en JE pour le second. Mademoiselle Katerine m’agace, parce que j’ai l’impression que la posture gâche un potentiel certain.
Résumons : Une fille cheveux courts, guitare en bandoulière apparaissait le dos nu sur la pochette du premier opus. Elle nous délivre ses masques brunâtres, sortes de poupée vaudou de son groupe, sur la pochette du second. Le son s’est amélioré et la production fait honneur au rock, simple, rond et roulant comme un bon crachat raclé dans le fond de la gorge et ramené en roulant juste derrière les dents : tout pile comme on imaginait que le rock devait s’entendre, quelque part en 75 /76, si les punks de l’époque n’avaient pas, volontairement ou non, décidé de chicher leur entrée en studio ou de s’en aller tâter de l’aigüe ; tout comme on imagine que les rejetons du Perfecto doivent sonner en 2008.
Le son donc, est bon, très bon même et le groupe de Mademoiselle K connaît son bréviaire rock sur le bout des doigts, servant chacun des titres chantés en français de ces bons riffs gras et collants éructés à grande vitesse, parce qu’il s’agit de brûler la chandelle, rapidement par les deux bouts. J’aime. J’aime aussi parce que ça m’évoque un temps, quelque part au début des années 90 où de Echobelly ou Elastica en passant par Sleater Kinney et Skunk Anansie, la presse musicale parlait de clit-rock ou quand on y ajoutait une revendication homosexuelle, de Rrrriot Grrrls. Et que ça me faisait rire que dès qu’une fille se mettait à jouer dans la cour des hommes, on se sente obligé de cataloguer pour se rassurer qu’il n’y a aucune comparaison possible, mais bien plutôt une revendication identitaire ou homosexuelle.
J’aime aussi la manière de poser le chant. Parfois dans une mélodie qu’on entend rarement dans le pop française, mais selon des phases et des méthodes qu’on à l’habitude de trouver sur les disques anglo-saxons, pour la comparaison on citera les Strokes tiens, pour donner une vague idée du type de musique à laquelle on pourrait rattacher Jamais la paix. J’aime bien quand Mademoiselle K casse ce schéma anglo-saxon par une méthode du « presque-parlé » sur une ligne musicale, qui rappelle sans en avoir l’air que la France est aussi (et avant tout ?) la patrie de Gainsbourg.
Reste que les chevelus de New York ou le grand Serge ne seraient peut-être pas forcément heureux de se voir comparés à Mademoiselle K, dès qu’on rentre dans les paroles. Nan sérieux, je ne sais pas si c’est parce que je suis trop vieux, mec ou très simple d’esprit… mais je trouve que Mademoiselle K se perd, et me perd, dans un mélange de recherche lexicale et d’indigence sémantique. C’est bien d’entendre des mots qu’on entend peu ou pas dans les 100 habituels retenus par la variété française de Pascal Obispo… mais sérieux, à quoi ça sert ensuite de ne rien en faire sinon à dire qu’on les a utilisé. Les jeux sur les sonorités des mots sont tellement appuyées qu’elles font rire à force d’entendre la chanteuse les mettre en avant avec fierté (l’histoire du Smoking… n’en jetez plus la cour est pleine), les images sont tellement mille fois usitées, ou juste nulles qu’on se demande bien l’intérêt de voir cette fois le triangle d’amour de la femme cette fois comparé à un buisson de ronces. Là je me perds. Là mademoiselle K me perd. Pourtant je n’ai pas l’impression d’y ajouter mon légendaire machisme ou une quelconque revanche sexuelle. Mademoiselle K me perd assez vite, et je suis presque triste qu’elle plombe une musique plutôt bien construite. Dans le genre fille qui revendique, dans le genre femme en colère, j’invite tout qui voudrait écouter un album bien torché à se repencher sur l’écoute de l’album solo de Elli Medeiros sorti en 2006. Le même genre de bagage, le même genre de musique, le même genre de pochette… mais sacrément plus burné quand même.
Denis Verloes
![]()
Tracklist
01. Le Vent La Fureur
02. A.S.D.
03. Jamais La Paix
04. Maman Xy
05. Grave
06. Pas Des Carrés
07. En Smoking
08. Click Clock
09. Tea Time
10. Alors Je Dessine
11. Enjoliveur
12. Espace
Label : EMI
Date de sortie: 26 mai 2008


