Compte-rendu DOUR 2008

festival_dour2008.jpgC.’était la 20ème édition du festival de Dour en cette fin Juillet 2008. Et malgré un sacré anniversaire à  fêter, l’événement Wallon n’a pas dévié de la ligne de conduite qu’il s’est toujours fixé, à  savoir proposer une affiche riche et variée toute en respectant un budget serré.
Dans ce contexte on a retrouvé l’ambiance spéciale de la plaine de la machine à  feu mêlant joyeusement ambiance festive et tolérante, et programmation musicale, pointue et hétéroclite.

Jeudi 17 Juillet :
Burning_Heads.jpgOn commence par se dégourdir doucement les jambes devant les Austin Lace et leur pop primesautière et gentiment sautillante. C.’est léger sans être renversant. Changement de braquet avec les Burning Heads, qui devant un public en feu, assènent leurs hymnes punk-reggae, pas très originales mais diablement efficaces. On passe ensuite à  un des buzz du début d’année : les Foals savent se montrer sur scène à  la hauteur de leur flatteuse réputation : rythmiques endiablées et chants incantatoires structurent leur show qui conquiert facilement une foule réceptive et enthousiaste. Echauffé par cette pop-dance convaincante, on se laisse aller quelques instants sur le dance floor de la Petite Maison dans la Prairie où Murdock débute la soirée drum’n’bass qui s’annonce comme chaque année explosive. On perd un quart d’heure devant les mornes Hoosiers à  la pop bien trop linéaire, avant de goûter l’electro-folk raffinée de The Whitest Boy Alive, projet parallèle du leader de Kings of Convenience, Erlend Oye. Avec une classieuse Austin_Lace_1.jpgnonchalance, les Norvégiens égrainent leurs petites bombes dansantes et fraîches, striées régulièrement de légers riffs de guitares rythmiques. Une belle réussite ! Déception par contre pour Goldfrapp, tête d’affiche de ce premier soir : de la pluie sur une musique froide emmenée par une chanteuse frigorifiante ; un cocktail glaçant qui nous aura un peu rebuté. On finit cette soirée avec l’electro martiale d’Ellen Allien qui séduit toujours autant. Mais la fatigue l’emporte, et il faut penser à  se préserver pour les trois grosses journées qui s’annoncent.

Vendredi 18 Juillet :
l’après midi commence par un lapin posé par The Enemy qui s’est fait porté pal, suite à  l’extinction de voix de son chanteur. Pas de rendez vous manqué par contre avec Pinback, grosse claque de ce Notwist_2.jpgfestival (personnellement c’était la première fois que je les voyais). Un set gracieux et parfaitement maîtrisé. Leur indie-rock mélancolique est emmené par la belle voix puissante, mais sensible, du leader Rob Crow à  la barbe impressionnante de longueur. Changement d’ambiance avec les canadiens d’Omnikrom, véritable clone québécois de TTC ; c’est amusant mais un peu creux. On retourne vers la Red Frequency Stage (l’une des deux grosses scènes extérieures du festival) où l’on se désole de la prestation d’ Arid, combo belge, au leader insupportable de prétention, dans ses postures affectées ou dans ses effets de voix. Vient ensuite l’autre grand moment de la journée : la prestation des Notwist. Leur dernier album est un peu décevant, ne présentant pas de grosses évolutions par rapport à  leur chef d’oeuvre  » Neon Golden  » mais sur scène, les Allemands sont toujours aussi stupéfiants. Une merveille d’electro-pop doux-amer et furieusement mélancolique servie avec une maîtrise incomparable dans la progression des morceaux. On bascule ensuite dans le délire festif et décérébré avec Bonde do Role et leur electro-funk qui galvanise une foule enthousiaste. Plus de mesure et d’élégance dans le show de Wax Tailor, où des rythmiques subtiles et des cordes délicates soutiennent un chant féminin timide mais gracieux et le flow plus puissant mais également plus commun du MC. Des MC.’s, on en compte huit sur scène quand débarque l’équipe des Wu Tang Clan, un an après leur premier passage remarqué en Wallonie. Même s’ils auront eu un peu tendance à  céder à  la facilité en garnissant leur track-list en majorité de morceaux de leur séminal 1er album, les New-Yorkais livrent un set toujours aussi intense et impeccable avec un son dense, compact, des flows précis et incisifs. Nouvelle secousse tellurique à  l’autre bout su site : Roni Size et ses Reprazent viennent fêter les dix ans de la sortie de leur album New form. Même si l’exercice est un peu vain, la prestation de la bande de Bristol enflamme l’assistance très réceptive et conclut cette soirée par un beau feu d’artifice Drum’n’Bass.

Samedi 19 Juillet :
l’éclectisme de la programmation de Dour fait qu’en flânant au gré des scènes, on a parfois l’impression d’être entraîné dans des montagnes russes musicales. Et en ce jour, hasard de la programmation ou choix malheureux qui s’enchaînent, toujours est-il que les déceptions vont s’accumuler. Tout avait pourtant bien commencé avec Coming_soon_4.jpgComing Soon, auteur d’une prestation rafraîchissante. Avec une simplicité touchante, ils proposent les titres de leur album fortement inspiré du folk-rock américain, qu’ils semblent redécouvrir à  chaque note. Changement de registre chez F.L.A.M.E., projet annexe d’un Flexa Lyndo, au concept assez douteux ; une chorale accompagnée de quelques cuivres reprend des classiques de l’indie-rock. Je ne suis pas particulièrement fan des reprises, mais alors, là  ; faire un cover a cappella du  » You made me realize  » de My Bloody Valentine, faudra m’expliquer ! Le concert s’enlise ainsi sans percussion, rythme, ni intérêt. On s’arrête quelques instants pour profiter des premiers rayons de soleil du week-end au bord de la scène accueillant Chuck Dukowski Sextet. Mauvaise idée ! Ce groupe donne vie au plus affreux cauchemar qui soit : la rencontre du rock progressif avec le pire du free jazz. Un chant neutre, une guitare bien trop bavarde et surtout des accumulations de soli interminables et dégoulinants de tous les instruments. Les Meat Puppets, ancêtres du grunge, sont bien plus concis, mais leur rock basique reste lourd et sans envergure. On espère trouver enfin du réconfort chez Tim Vanhammel, son disque fournissant une pop racée, élégante et subtile. Hélas, sur scène, l’ex-Deus se contente de régler les amplis de guitares sur le volume maximal et oublie en chemin les mélodies. Résultat : un concert fadasse, sans envergure, qui est pour nous le coup de massue final d’une journée éprouvante. On assistera donc hébétée au live honnête sans plus (il faut dire que le coeur n’y était plus) de The Herbaliser.

Dimanche 20 juillet :
Début de journée pêchue avec Enon, réunissant une ex Blonde Redhead et un ancien Brainiac. Se présentant en formation basique (basse, guitare, batterie), le trio propose des titres rock classiques éclairés par de belles envolées noisy : un live simple, tout en tension et retenue. Madrugada est sur scène également assez sobre mais leurs compositions sont trop fades et linéaires pour provoquer une quelconque étincelle. On rencontre beaucoup plus d’audace chez Efterklang. Si ce combo danois présente un goût déplorable en matière de look (pantalons tyroliens, petites capes ridicules et moustaches douteuses entre autres »), il distille un post-rock de toute beauté, soutenu par des zestes délicats de cordes et de cuivres.Enon_2.jpg Un concert, miracle d’équilibre, qui refuse les évidences, toujours au bord du gouffre ».Plus tard, les trois de Why ? eux aussi savent jouer les funambules. Même s’ils ne se montrent pas très communicatifs, leur hip-pop présenté essentiellement avec des percussions et servi par la voix nasillarde, nonchalante, et inimitable de Jonathan Wolf est toujours aussi captivant sur scène. Le public est happé par cette alchimie unique. On ne donnera pas, par contre, la palme de l’originalité aux Hollywood Porn Stars, mais leur rock basique aux guitares lyriques, qui ont la bonne idée d’éviter l’exubérance, est soutenu par deux voix ferventes et passionnées. Les Liégeois croient en leur musique et livrent un concert honnête et sincère. Viennent ensuite les Raveonnettes qui ont décidé aujourd’hui de dépasser le mur du son . Leur noisy-pop aux mélodies très sixties est donc gaiement éreintée par les fuzzs et autres larsens surpuissants, et il faut bien reconnaître que ,même si c’est assez facile, c’est plutôt jouissif. On emmène, ensuite, ce qui nous reste d’oreilles goûter à  la subtilité de Tortoise. A force de lire des articles ronflants et ennuyeux sur les New Yorkais, on finit par oublier que leur oeuvre est, elle, inclassable et indomptable. On a droit ainsi en live à  une musique non apprivoisée, épurée mais sensuelle qui parle directement au coeur et aux jambes, sans passer par la case cerveau. Les musiciens échangent régulièrement leurs instruments et dressent leurs gracieux édifices mélodieux pour un moment féerique, belle conclusion d’un long et beau week-end wallon.

Omnikrom_1.jpgOn pourra regretter qu’à  part Efterklang, le festival ne nous ait pas délivré de véritable surprise, comme on en avait pris l’habitude les années précédentes. Est-ce du à  de mauvaises options dans nos choix de concert (Plus de 200 concert, faut forcément sélectionner !) ? Toujours est-il qu’on a encore eu le droit de belles claques (Pinback, Tortoise entre autres). De plus, le festival tout en continuant de grossir, et en progressant dans son organisation (un site élargie, des aires de détente mieux aménagées et mieux placées) réussit à  préserver son atmosphère inimitable composée d’esprit de découverte, d’ouverture aux autres, de tolérance et bien évidemment de fête (un peu trop peut être au goût des services de secours ayant prôné l’interdiction d’entrer avec de l’alcool, au bout de deux jours de festivité). Et c’est peut être cela le plus important car on vient à  Dour tout autant pour l’éclectisme de sa programmation que pour savourer son ambiance unique.

Guillaume DURANEL

 

Festival de Dour Août 2008


Benzinemag’s flickrSLiDR.

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