Christophe Colomb, l’énigme

aff film_2.jpgQu’est-ce qui peut bien animer Manoel de Oliveira? Dans cette histoire nébuleuse à  travers les âges d’un mythe invisible, le cadre dominant ne semble répondre qu’à  une seule chose : l’architecture. Parsemé de courbes, d’éclairages en symétrie, de décors ou de détails qui forment l’unité du temps et de la séquence, le nouveau film du cinéaste portugais mène ses personnages au bord d’un timing étroit, répondant aux strictes normes de la construction en reflets. La symétrie se joue à  la fois physiquement et cérébralement, puisque l’assemblage de plans eux-mêmes finit par se compléter. Mais à  partir de cette mise en scène, était-il vraiment nécessaire de perdre le spectateur dans des dédales d’instants dont on ne sait jamais s’ils creusent l’infini ou l’infime?

En optant pour l’immobilité de la caméra, Oliveira condamne ses personnages à  ne pas vivre. Le montage insistant et hiératique imprime un hors-temps trouble et fascinant, quoique cantonnant souvent le film à  une simple photo nostalgique tant les parti pris radicaux (dont l’apparition inattendue et binaire d’un ange vêtu des couleurs du drapeau portugais) alourdissent toute tentative d’intériorisation émotionnelle. En résulte une oeuvre mystique, au fond des temps, marquée par des empreintes d’amour. C’est la beauté du film : retranscrire l’attachement que l’on porte à  un pays. Sa faiblesse, par contre, est d’avoir voulu l’abstraire pour lui donner une complexité qui, finalement, ne s’élève pas plus haut qu’une douce naîveté de cinéma.

Errance dans le Portugal d’hier et d’aujourd’hui, Manoel de Oliveira signe un film tordu en forme d’hommage à  l’aventurier et à  son pays, refusant catégoriquement les normes de la fresque. Quasiment un anti-film tant les partis pris sont radicaux et – souvent – ennuyeux. Aller à  l’encontre des idées reçues par l’abstraction est une qualité. Du moins pendant dix minutes, pas pendant 1h15.

Jean-Baptiste Doulcet

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Christophe Colomb, l’énigme
Film portugais de Manoel De Oliveira
Genre : Drame, aventure historique
Durée : 1h15
Sortie : 3 Septembre 2008
Avec Ricardo Trepa, Manoel de Oliveira, Leonor Baldaque

La bande-annonce :

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