On parlera désormais d’album rouge pour Weezer. Comme on parlait déjà d’album vert, et précédemment encore, d’album bleu. Et le rouge est synonyme, pour Weezer, de retour bien marqué et riche en jus aux premières amours musicales du groupe. Celles à l’exact point de rencontre entre college rock et pop music. Quelque part entre génie mélodique et jouissance immédiate.
On l’avoue, quant à nous, on avait un peu lâché Weezer du côté de ses vertes années. Pas qu’on n’aimait pas ou plus la formation de Rivers Cuomo, non point du tout. Simplement qu’entre rotation continue sur Oui Fm euh non… Virgin Radio et récupération assez régulière dans le Monoprix où on achetait alors notre pack d’eau, on se sentait plus que lassé par le Weez’ buzz et par le présentateur de Virgin qui ne cessait de parler de « génie génial » et vas-y qu’on se repasse Island in the sun. On s’était convaincu qu’il était temps pour une autre jeunesse pop de s’attribuer des ballades qu’on trouvait quant à nous trop peu riches en testostérones et trop calibrées pour rassurer MCM. Du genre de celles qui ne nous faisaient pas regretter, quelque part en 95, d’avoir hésité puis revendu dans une solderie l’album bleu 200 Francs Belges, pour pouvoir acheter, – toujours en solde – le premier album des The Stone Roses(sic).
L’album rouge est à la fois un bon coup de pied au cul de leurs ballades, et un grand vent nostalgique. L’album rouge est résolument tourné vers le rock. Le simple, celui des campus américains. Celui capable d’engendrer autant popular deNada Surf que toute la discographie de Pavement. Seuls deux trois titres font exception, pour faire la transition du vert au rouge. L’ensemble avec une tendance à l’hymne, tel qu’il en a toujours été avec Weezer. Le « génie génial » de la formation de Rivers Cuomo, est ici de plonger déjà dans sa courte histoire, et de mélanger cette dernière à la grande pour obtenir un album fichtrement imparable. Pas clair ?
On essaie autrement : Weezer est le seul groupe capable de rappeler son propre Buddy Holly issu son premier album, notamment au travers d’un efficace Pork and beans qui ne sent pourtant pas trop l’auto-ressuce. Le tout en évoquant par paroles interposées, les affres de la chanson contemporaine qui cartonne : chanter des lyrics heureux, un beat catchy, et un refrain qu’on peut chanter, bosser avec un producteur à succès, changer de coiffure pour ne pas avoir l’air ringard… Et diffusé chez Universal qui est bien connu pour ne pas mettre en place du tout ce genre de méthodes (ironie ouh ironie).
Ah et puis bien sûr, jouer du tout contemporain phénomène de Buzz, en convocant pour un clip déglingo, tout ce qu’Internet a connu de vidéos délirantes qu’on s’est passé de boîte aux lettres en boîte aux lettres depuis une poignée d’années (les fontaines Mentos coca, le karatéka qui se vautre après un salto, le type tout rond qui chante Mahia hiiii mahia hooo…).
C’est ça la formule de Weezer. Résumée en une pop song exemplative. Faire du neuf, et du fendard, avec du vieux. Du vieux à soi, et du vieux tout court. Fédérer les jeunes et les grands couillons à coup de guitare distordue et d’hymnes évidents ou jamais on ne se prend la tête. Soit tout l’esprit du premier album, transposé en 2008, avec la force de sa propre histoire.
Une histoire qui a appris à comprendre que le groupe ne se prend jamais au sérieux, et que cet esprit zébulon est sans doute sa plus grande force. C’est ce qui évite d’ailleurs que les chroniqueurs de tout poil ne s’offusquent quand Weezer sort un nouvel album ou qu’il se met soudain à chasser sur les terres du red hot : « Everybody get dangerous, Everybody get dangerous… » tout en syncope et joué à vif.
Du coup, poser l’album rouge de Weezer sur la platine, ou le lancer dans le lecteur MP3 du matin en fait, c’est ressentir soudain le plaisir crétin des réveils en nos jeunes années. Et pour les plus jeunes des lecteurs de Benzine : resssentir un plaisir crétin tout court.
Le genre de plaisir où on se surprend à marcher plus vite, ou à « headbanger » sur la ligne 7 du métro, au rythme des guitares punk-pop-rocko-surfisantes des vieux ados qui font accroire qu’ils ont encore les artères qu’ils avaient il y a bientôt quinze ans. Une réussite simple et efficace. Qui rappelle que la pop la plus simple nait bien souvent du rock le plus ballot. Un album crétin rudement bien torché. Pour les animaux stupides dans le genre de votre serviteur. On se prendra la tête sur des trucs plus lourds, une fois l’album terminé !
Denis Verloes
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Tracklist
01. Troublemaker
02. The Greatest Man That Ever Lived (Variations On A Shaker Hymn)
03. Pork And Beans
04. Heart Songs
05. Everybody Get Dangerous
06. Dreamin’
07. Thought I Knew
08. Cold Dark World
09. Automatic
10. The Angel And The One
11. The Weight
Date de sortie : 16 juin 2008
Label : Interscope / Polydor / Universal
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La vidéo de Pork and beans via Dailymotion
















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