Rumba

aff film_5.jpgEncore un OVNI pour Dominique Abel, Bruno Romy et Fiona Gordon, après L’Iceberg sorti en 2006. Rumba se présente comme un objet atypique, séduisant, fragile et pas immédiatement accessible sans une quelconque connaissance des dispositifs du cinéma burlesque, muet et des effets de mimes. Film dansé, étoilé, défilé, Rumba est une petite chanson discrète mais forte, qui mêle la magie du plan aux scintillements secrets du silence. Tout est dans le visage et le corps, dans le caractère primaire et originel du comédien – clown avant d’interpréter, danseur avant de parler, mime avant de pleurer – placé au centre d’un cadre savoureusement multicolore.

Pourtant, il y a une inégalité un peu regrettable dans ce nouvel opus, comme si les meilleures idées (la scène des béquilles en pleine classe d’anglais est assurément la séquence comique de l’année!) se confondaient entre elles à  tel point que certaines paraissent moins fortes, moins exploitées, moins drôles et moins touchantes. Dommage aussi que, pour des artistes qui prônent l’utilisation du corps humain en tant que substitut au dialogue et à  l’oralité, l’apparition de quelques effets spéciaux (notamment les arrières-plans en voiture) rendent artificiel l’ensemble. Des séquences réussies, belles, lunaires (la danse des ombres est un magnifique écho au désespoir refusé), laissent place à  d’autres séquences, plus rigides, plus mécaniques, moins drôles (l’accident).

Mais il y a tout de même une certaine assurance, une maîtrise esthétique et corporelle indéniable, et surtout, une audace peu commune dans le cinéma d’aujourd’hui. Ces agitateurs de l’âme, ces brouilleurs de pistes cinématographiques, ces comiques touchants parce qu’ils sont justement dans la parfaite ligne des gags absurdes infligés à  un quotidien dérisoire, n’ont peur de rien, ni du vide, ni du désincarné, ni du ratage. Leur cinéma avance parce qu’il rate. Son moteur est avant tout une énergie qui fonctionne par l’échec. Il y a de la nostalgie aussi, d’une époque où les mots n’avaient guère d’importance. En espérant que leur prochain film soit en noir et blanc, Abel, Romy et Gordon seront définitivement les seuls à  exploiter toute la pauvreté des matériaux d’époque, une pauvreté qui, en fait, est la source de la plus grande des richesses.

Jean-Baptiste Doulcet

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Rumba
Film belge de Dominique Abel, Fiona Gordon, Paul Romy
Genre : Comédie
Durée : 1h17
Sortie : 10 Septembre 2008
Avec Dominique Abel, Fiona Gordon, Paul Romy

La bande-annonce :

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