Parlez-moi de la pluie

aff film_8.jpgAuteur des profondément touchants Le goût des autres et Comme une image (récompensé d’un Prix du Scénario à  Cannes en 2004), le tandem Jaoui-Bacri récidive avec un film à  la cadence imparfaite. Si elle ne rompt jamais avec ses choix (assez restreints ceci dit) et sa manière particulière de filmer les êtres (ne pas confondre avec style), désespérés par l’humiliation au quotidien, Agnès Jaoui réalise un film qui, sur la même formule à  succès, ne marche plus du tout.

Premièrement parce que son cinéma éblouit une fois, resplendit encore plus la deuxième, mais que cette petite musique discrète et intellectuelle dans l’âme ne peut pas supporter le choc de la troisième vitesse, du remake empilé dans les mêmes conditions pour une énième fois. Deuxièmement parce que Jaoui, peut-être dépassée par les évènements de son temps, n’a plus rien à  dire (vaine caractérisation du sentiment de l’humiliation, aspect sociologique aucunement acerbe contrairement à  ses précédents films, discours sur l’intégration et le racisme jamais crédible et parsemé de clichés qui ne font qu’empirer les choses). Et troisièmement parce qu’elle arbore ici une prétention qui semble résonner comme un langage à  part entière dans son propre langage. Comme si la satisfaction publique et critique avait pu déteindre sur son amour-propre et son travail – qui la reflète. Ses bons mots y perdent en force, son objectivité ramollit au profit d’une perte des connaissances et des croyances qui font de son nouveau film une oeuvre sans âme, banale sans être belle, touchante ou drôle. C’est même la première fois que l’alchimie ne marche pas ; le dialogue n’est plus trop sûr, soutenu par le clone de son reflet qu’elle séduit tant, le paysage, de la bonne vieille France sortie des pubs pour fromages 100% nature, n’a plus aucune dimension existentielle, et, pire encore, la mise en scène est cousue de fil blanc, trouée par-ci par-là  d’un amateurisme désolant. Jean-Pierre Bacri, encore au rendez-vous, parvient toujours aussi bien à  jouer son éternel rôle de vieil abruti bougon, dénué de tout second degré, et sûrement une part de son image, Jaoui elle-même se laisse filmer dans une bourgeoisie qu’elle semble moquer mais qui pourtant est clairement sa première manière de penser, et Jamel Debbouze, léger comme une plume, parvient à  imprimer les seules émotions du film à  son personnage, malheureusement jamais déterré à  nos yeux.

La réalisatrice tente bien ici et là  des petites touches biographiques, des pincées de souvenirs universels (merci les photos), voir même une – maigre – réflexion sur comment et pourquoi faire du cinéma, mais jamais ces données ne viennent offrir au scénario une quelconque épaisseur, ou même le plus mince des interêts. Dans un élan de fausse générosité intello de gauche, Jaoui essaye d’éclairer, comme dans une fugue dont les sujets ne parviendraient pas à  progresser vers un point culminant ou même un simple divertissement, de réconcilier l’homme et la femme, l’homme et l’étranger, l’homme et lui-même. Son quotidien, dont on se souvient des pics jouissifs dans Le goût des autres, et là  où l’humiliation justement prenait un courant inattendu, devient ici prévisible à  mesure que la mise en abyme – et le montage du film par la même occasion – prend place. Ses humeurs de routine, désagréables, touchantes, pleines de rires et de questions sans réponse sur la vie, le sexe, la mort, la nourriture ou la chorale, sont ici d’une fausse gaîeté fort désagréable. D’où émane, forcément, une fausse justesse tout aussi agacante, et qui, en plus, ne répond à  rien d’intéressant.

Avec des ficelles narratives grosses comme ça, un sens de la dérision tourné en louange à  soi-même, un montage bâclé, et surtout aucune matière derrière (quelle qu’elle soit, humoristique ou émotionnelle), Agnès Jaoui livre le film de trop, en clamant haut et fort  » Nous sommes tous seuls!  » sur fond de parade intégriste et bourgeoise. Faux-cul.

Jean-Baptiste Doulcet

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Parlez-moi de la pluie
Film français de Agnès Jaoui
Genre : Comédie
Durée : 1h38
Sortie : 17 Septembre 2008
Avec Agnés Jaoui, Jean-Pierre Bacri, Jamel Debbouze

La bande-annonce :

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