Un conte d’été polonais

aff film_10.jpgRarement distribués en France, les films polonais sont devenus des productions un peu fantomatiques, peu présentes dans nos salles obscures. C’est l’une des bonnes raisons d’aller voir ce Conte d’été polonais, un beau film empli d’une naîveté enfantine et symbolique sur le sens de la vie.

Avec une nostalgie touchante et un amour évident pour son pays, Andrzej Jakimowski dessine quelques paysages pittoresques, filme l’enfance au bord des rails, l’amour à  moto. Il oppose Stefek, 10 ans, qui voit la vie comme une série de chances et de soldats de plomb, à  sa grande soeur Elka, qui flirte avec un jeune homme en voiture. Il y a la découverte de la vie, des gens, du monde, à  travers ces deux destins contradictoires et pourtant si proches. La force du film est d’installer le spectateur dans un confort splendide ; à  travers des paysages d’été filmés tout en souvenirs et un monde urbain presque désaffecté mais toujours ensoleillé, le cinéaste signe une épopée de mots et de gestes qui confine à  une absolue vision de cinéma infime. Il s’agit de capter ça et là , des petites lignes plutôt que des grands drames. La redécouverte d’un père longtemps absent, véritable suspense dramatique, est rangée au second plan pour privilégier la multitude de péripéties à  l’intérieur de ce drame (un rendez-vous, des ballades à  moto, un après-midi au bord de l’eau, une fugue, croquer dans une pastèque comme l’on croque la vie à  pleine dents).

Dommage alors que Jakimowski peine à  offrir plus de variations à  son cadre (souvent ensorcelant de liberté et de naturel). La multitude de décors, additionnés entre eux puis repris plusieurs fois, immobilise souvent une action déjà  minime, emprisonnant alors toute spontanéité et toute liberté esthétique et narrative dans une sphère close qui invite souvent à  l’ennui. Mais il y a toujours trop de vie là -dedans pour que l’on puisse vraiment s’ennuyer, il y a trop d’attachement à  l’imparfait pour prendre ce petit film comme une oeuvre symbolique,intello et prétentieuse, il y a un peu de Kusturica dans certaines situations burlesques, et surtout beaucoup de singularité, d’un langage à  part dans la manière de filmer la vie comme elle va. Un train défilant à  toute allure, un gamin qui balance des pièces sur les voies ferrées, une jeune fille qui se prépare pour voir son prince charmant… il y a tout et rien, la vie au quotidien avec un soupçon d’amertume, de regrets, mais surtout beaucoup de bonheur. On sent Jakimowski sourire derrière sa caméra, terminant de panser quelques plaies sans grande importance mais qui, à  force de s’aligner en nombre, finissent par devenir une barrière au bonheur parfait. Le cinéma devient la guérison toute simple d’espoirs perdus et d’êtres trop aimés. La lumière se fait à  travers un objectif, comme si, à  regarder derrière lui, Jakimowski en prévoyait le futur. Sans jamais fermer Un conte d’été polonais à  son propre bénéfice humain, et en faisant de cette magie de tous les jours une oeuvre généreuse dialoguant avec tout le monde, il parvient à  toucher simplement, sans l’aide d’un seul effet pompier ou d’une note de musique en trop. Car tout le monde a vécu ce que le film décrit par petites touches : la vie.

Jean-Baptiste Doulcet

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Un conté d’été polonais
Film polonais de Andrzej Jakimowski
Genre : Comédie
Durée : 1h32
Sortie : 22 Octobre 2008
Avec Damian Ul, Ewelina Walendziak, Rafal Guzniczak

La bande-annonce :

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