Sigur ros – Med sud I eyrum vid spilum endalaust

Changement partiel de cap pour Sigur Ros. Le groupe nous a gratifié jusque là des musiques à la fois les plus froides et les plus planantes, à la fois les plus mélancoliques et les plus éthérées qu’il nous ait été donné d’entendre. Il recentre son propos sur des formats plus courts, où la voix de [...]

sigur_ros.jpgChangement partiel de cap pour Sigur Ros. Le groupe nous a gratifié jusque là des musiques à la fois les plus froides et les plus planantes, à la fois les plus mélancoliques et les plus éthérées qu’il nous ait été donné d’entendre. Il recentre son propos sur des formats plus courts, où la voix de son frontman symptôme le plus frappant, ne hurle plus à la nuit, comme un loup islandais blessé.

On aime bien quand un groupe change de cap sans se perdre. Les exemples de ratages sont nombreux. On songe entre autres et parce qu’ils nous viennent à l’esprit à M83 ou Sneaker Pimps ; mais on pourrait si on se creusait, en citer dix autres. Plus rares sont les changements de cap réussis. L’exemple le plus notoire dans l’histoire de la musique restant pour toujours le OK computer de Radiohead.

Med sud I eyrum vid spilum endalaust n’est peut-être pas le OK computer de Sigur Ros. Mais à l’instar de la bande à Thom Yorke, à l’époque, on sent que Sigur Ros a réfléchi à la nature de ses éléments constitutifs, et les a re-pétris, ré-étirés, repensés dans une direction différente. Le nouvel album délaisse -presque : il y a encore de ci de là quelques scories et reniflements d’éther, mais à peine, comme une carte postale du passé dont festival serait la photographie recto et Suð I Eyrum le verso – les envolées pleines de réverb’ où l’islandais devient un moment la langue des elfes et s’en va parler aux dieux réfugiés parmi les nuages.

Epaulés par les jolis minois de Amiina (phonecastées jadis sur Benzinemag) qui s’occupent parfois des chœurs ou parfois des arrangements faits de cloches et de tintements qui résonnent, Sigur Ros fait claquer un rock plus immédiat. Le genre de rock servi par une guitare qui vitupère et une batterie qui martèle à un rythme soutenu. Ou des ballades calmes qui empruntent leur mystique non aux mantras des prêtres férus de runes, mais bien plutôt à la folk contemporaine. Et Sigur Ros de devenir nettement plus abordable, moins casse-couilles comme se plaisaient parfois à le décrire certains chroniqueurs.

De groupe androgyne, la formation islandaise devient une manifestation de rock testostéroné ou émanation nu-folk. Mais n’allez pas chercher quelque facilité, ou quelque mélodie immédiate sous la nouvelle identité des Islandais. On n’est pas un groupe de « recherche » pour rien. Quelque part sur les traces de Mogwai ou de Thomas Dybdhal, mais avec des frimas que seul les groupes de l’extrême nord du monde sont capables d’aller chercher ; ils déroulent au fil de titres pourtant un peu resserrés sur des minutages plus pop, un sorte de post rock ou de rock progressif façon islandaise ou de pink moon du pôle nord. Des tableaux où les passages plus calmes, servis par un doux arpèges apparaissent comme quelque apaisement du peintre, quelque partie plus claire d’un ensemble globalement aride, sombre sans jamais plomber totalement.

L’ensemble est à la fois beau, touchant, carrément rock autant que simplement mélancolique. On y retrouve ce qui faisait le charme d’un album de Sigur Ros : on s’envole quand même toujours un peu en écoutant l’album dont la pochette évoque les Idiots de Lars Von Trier. On s’envole oui, mais on ne se perd pas dans les nuages, totalement éloigné des contingences du monde. Que ce soit par une guitare tourmentante, une batterie qui percute, un subtil gimmick de piano, ou parce que le chanteur montre qu’il a aussi des basses dans sa voix ; on est retenu par quelque fil invisible à bonne distance du sol, mais encore suffisamment près pour ne pas l’oublier.

Et comme ça, sans prévenir, Sigur Ros nous livre sans doute son meilleur album à ce jour. Le plus grand public aussi.

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Denis Verloes

Tracklist
01. Gobbledigook
02. Inní Mér Syngur Vitleysingur
03. GóðAn Daginn
04. Við Spilum Endalaust
05. Festival
06. Suð I Eyrum
07. Ara Bátur
08. Illgresi
09. Fljótavík
10. Straumnes
11. All Alright

Date de sortie: 23 juin 2008
Label: EMI

Plus+
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La chronique de Takk sur Benzinemag
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La vidéo de Gobbledigook via Youtube

Et la version sans tabou

La vidéo de Vid Spilum Endalaust

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