Detta Innominata, d Aniello Barone

detta.jpgCe mois de la photo est idéal pour revenir sur le travail d’un photographe napolitain trop méconnu en France qui à  travers son livre Detta innominata propose deux lectures de Naples intrinsèquement liées à  savoir sociologique et spirituelle.
Detta innominata témoigne, à  la veille d’une restructuration annoncée, d’un quartier de Naples au fort passé industriel, abandonné pendant trente ans par les investissements financiers et la sphère publique.

Les photographies en noir et blanc d’Aniello Barone montrent les plaies de cette désindustrialisation, la détresse d’une identité ouvrière en voie de disparition qui se raccroche à  une histoire collective plus vaste : l’être napolitain. On suit le photographe dans cet espace bétonné traversé de fils électriques et de longues cheminées éteintes. On parcourt les rues, les cours défraîchies, et les espaces publics à  l’agonie où une présence humaine spectrale ne se maintient que dans les ombres ou cachée derrière des masques. Au-delà  de son aspect social, le travail de Barone montre le pendant de cet abandon temporel, une puissance spirituelle prolifique qui s’accorde aussi bien de signes paîens que de symbole religieux. Dans cet environnement sombre, post industriel, aux fumerolles inquiétantes et aux éclairages minimalistes et tranchés, les habitants semblent à  la frontière de la vie et de la mort ou au point d’équilibre entre disparition et renaissance : Naples reste marquée par ce qu’on pourrait appeler le syndrome de Pompéi. Barone frappe ces personnages de cette marque. Il en est ainsi de ce bébé au cri figé et aux orbites noires qui rappelle les représentations grecques ensevelies sous les cendres du Vésuve, de ce plongeur aux allures christiques qui semble poser sur l’eau, ou de cet enfant immobile sous le linceul de son parapluie transparent telle une chrysalide en attente.

Les images de Barone impressionnent techniquement mais aussi par leur esthétique dure et sans compromis. Elles interrogent, surprennent, heurtent et le choix judicieux de reproduire en double page chaque photographie, permet au lecteur de s’y confronter pleinement.

Cédric Vigneault

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Detta innominata
Aniello Barone
Editions Peliti associati
32,5 cm x 24 cm
100 pages – 25€¬
Parution : octobre 2006

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