Le Plaisir de chanter

19000576.jpgL’histoire fait peur ; deux agents secrets français infiltrent un cours de chant pour récupérer une clé USB contenant de précieuses informations et ainsi détourner un secret nucléaire. Le tout sur fond de film musical, comique et érotique. Ou l’on est tenté en se disant qu’un film audacieux, aussi raté-soit-il, vaut toujours mieux qu’un film vu mille fois, ou alors on s’arrête aux préjugés et on passe à  côté… d’une petite merveille. Car en fait, pire que ce qui est signalé en haut, le film est trois fois plus barge que ce qu’il laisse croire un premier temps. Possible qu’il laissera les fanatiques d’un cinéma technique sur le bord de la route, néanmoins la comédie carbure à  cent à  l’heure, et l’intrigue, follement abstraite et douée d’un art du décalage formidable, tient la route jusqu’au bout, chose à  priori impensable vu le pitch du film.

Non seulement Ilan Duran Cohen assume l’improbabilité de ses situations, mais mieux encore il les transcende d’une force humoristique immédiate grâce à  laquelle le bordel furieux et insupportable se transforme en un périple astucieux et passionnant. Ne nions pas que la mise en scène est pauvre et inintéressante (à  part deux trois plans à  la volée, c’est-à -dire rien du tout sur une durée d’1h30) et que le film s’essouffle vers la fin dans un trop-plein de bizarrerie quotidienne. Mais pour le reste, il y a du culte en puissance, mélange déjà  mythique d’un jeu d’acteurs de génie (Jeanne Balibar en allumée totale, Marina Foîs en frustrée, la révélation Julien Baumgartner, hilarant en précieux prostitué) et de dialogues qui explosent naturellement dans un délai record ( << Mais tu cherches toujours la performance… On est pas en guerre, hein, on peut jouir ‘cool’ … >> balancé par une Marina Foîs au maniérisme spontané d’ores et déjà  anthologique!). L’art savoureux du décousu, de l’absurdité totale et de l’excès de gags font du Plaisir de chanter une oeuvre française originale, ridiculement dévastatrice quand elle se moque à  la fois de la rigidité du classicisme et de la niaiserie de la variété et de la modernité, un pur délice à  suivre dans toute sa durée. Le scénario parvient même à  convaincre sans jamais être rigoureux, rappelant dans sa manière de lier les personnages entre eux par des relations exubérantes un opéra dont le tragique aurait définitivement été banni au profit d’une exquise matière humoristique. Les clichés et la moquerie mordante du réalisateur font vraiment de son film un ovni qui n’a pas peur, et dont l’arrière-plan tragique s’en voit directement expulsé de façon jouissive et volontaire. Encore!

Jean-Baptiste Doulcet

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Le Plaisir de chanter
Film français de Ilan Duran Cohen
Genre : Comédie, espionnage
Durée : 1h38
Sortie : 26 Novembre 2008
Avec Jeanne Balibar, Marina Foîs, Lorant Deutsch, Nathalie Richard, Julien Baumgartner

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2 thoughts on “Le Plaisir de chanter

  1. Je n’ai pas trop aimé ce film. Les dialogues de Marina Fois sont trop écrits avec la volonté avortée de faire mouche à chaque fois. Certains acteurs jouent franchement mal (les rôles secondaires). Le personnage de Marina Fois, un peu lisse au final même s’il est amusant de temps à autre, est à mon avis trop présent.

    Heureusement, les apparitions de Jeanne Balibar sauvent l’ensemble, grand merci à elle !!!

    En fait ce film d’espionnage décalé m’a fait penser à Bons baisers de Bruges sauf que ce dernier est un petit chef d’Å“uvre de drôlerie et d’émotion.

    C.

  2. un film d’espionnage complètement décalé, une ambiance déjantée. Les dialogues, je ne les ai pas trouvés trop écrits. Ils sont écrits tout simplement, ce qui change des propos indigents qu’on entend dans tant d’autres films. Signalons le culot de Julien Baumgartner qui joue nu la plupart du temps. Une nudité qui n’a pas non plus fait peur à Marina Foïs ni à Jeanne Balibar. Seul Lorant Deutsch a fait sa mijorée en s’accrochant à son slip d’une façon ridicule. Il est en fait très conservateur, ce petit. On aimerait qu’à l’avenir il s’abstienne d’aller plomber des films au ton libre.

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