Samedi soir et des poussières, de Dominique Périchon

samedi_3.JPGTout le monde connaît Chatte et Lydie. Tout le monde a déjà  dansé dans une boîte de nuit perdue dans la campagne française, avec à  ses côtés une tigresse déchaînée et excitante, accompagnée de sa copine moins sensuelle, moins excentrique, moins au centre de la piste. Et tout le monde connaît Marc, le type souvent loser mais tout habillé de blanc pour cette nuit, lumineux, irradiant de sa présence un peu too much le dancefloor d’une discothèque pourrie. Mais ce soir-là , bravant les coutumes d’usage, Marc va danser avec Lydie qui se décroche du bar, Marc va draguer Lydie qui aimera se lover enfin dans les bras d’un homme, et Marc va vivre avec Lydie, délaissant Chatte au milieu de tous ces hommes qu’elle adore aimer, sans choix, sans réserves. Une vie à  deux, mais aux recoins sombres…

Lieu commun pour Dominique Périchon et ses lecteurs, mais territoire peu défréchi en littérature française : coincés entre des considérations parisiennes bourgeoises ou la pauvreté digne et empathique, les écrivains hexagonaux se sont rarement penchés sur le quotidien banal de la France moyenne, celle des boulots normaux, des semaines routinières et des week-ends sous les boules à  facettes, histoire de se dégager une nuit d’une existence grisâtre. Ca bosse, ça s’ennuie, ça couche un peu (ou pas du tout). Et là , en deux romans, celui-ci et Polichinelle – révélation pour Pierre Bailly mi-2008 avec les escapades de Jurassiens de classe moyenne juste majeurs et déjà  résignés, on s’aventure dans la France de ceux qu’on aurait tendance à  oublier.

Périchon installe donc ses personnages de manière plutôt conventionnelle, dans des situations que l’on a tous déjà  connues, mais décide ensuite de les malaxer d’intrigante manière : Marc cache des secrets qu’il préfèrerait oublier, Lydie également, Chatte un peu plus tard, et le trio, agrémenté de rôles secondaires étranges, formera un groupe à  la destinée noire et amère.

L’ambiance de ce livre est à  la fois tendre et cynique, avec ces personnes dont on aimerait moquer la beaufitude et la petitesse, mais dont on s’éprend dès les premières lignes : l’humain a beau être mesquin, il n’en est pas moins homme. Avec délicatesse, l’auteur s’invite dans les existences simples et parfois crétines de son trio infernal, en proie à  des situations inextricables, et qui se soldent souvent par des choix douteux.

Si parfois Samedi et des poussières prend la tangente de son récit très naturaliste pour s’aventurer dans du fantastique peu convaicant, il n’en demeure pas moins, malgré des faiblesses (style parfois ampoulé, toujours à  la recherche de la bonne métaphore), que Dominique Périchon réussit un beau portrait de notre »France du milieu : sa vie, son oeuvre » avec un mélange de compassion et d’amertume qui laisse un petit goût de délice lettré.

Jean-François Lahorgue

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Samedi soir et des poussières
de Dominique Périchon
Le Dilettane, 160 pages, 15 €¬
Date de parution : janvier 2009

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