Des idiots et des anges

affiche_10.jpgPape du dessin animé indépendant américain, Bill Plympton revient en douceur avec une fable philosophique sur le Bien et le Mal, les anges et les diables. Citant La Métamorphose de Kafka parmi ses références, l’auteur conte l’histoire d’un idiot devenant, un matin, un homme à  qui des ailes ont poussé dans le dos. Le rustre se sentant un autre, il va apprendre à  aimer, à  respecter, à  être différent.

Loin de là  l’idée de Plympton de faire de ce sujet un mix fourre-tout et manichéen sur le droit à  la différence et la beauté des gens : à  la fois pessimiste dans sa vision grinçante du quotidien humain, et optimiste pour une fois dans une représentation sacrée et pure de l’homme, le cinéaste permet à  son scénario de fonctionner simplement parce qu’il manie à  merveille l’humour trash, cartoonesque, aux effets délirants et à  l’architecture des formes brillantes.
Les traits, couleur charbon et pollution, font exister les personnages par leur singularité et leur finition brouillonne. Ceux-ci sont traités comme de simples abrutis, âmes humaines en perdition dans la bêtise qui règne sur le Monde, gouvernés par le sexe facile, la soif de pouvoir et le confort absolu, oubliant respect et altruisme au travers des pratiques vulgaires bien plus importantes.

Pourtant Bill Plympton met en veilleuse son hystérie gore et sexuelle pour s’exercer à  l’art de la satire humaine avec une réelle maîtrise. Des idiots et des anges en devient alors certainement son film le plus doux, le plus inaccessible aussi, finalement, car il contient en lui une réflexion et une sagesse qui l’éloignent du pur divertissement ; il faut plutôt voir le film comme une analyse du comportement, les possibles opérations humaines vers le bonheur, aspect qui tire du genre fantastique une forme d’espoir intérieur pour l’homme. Les penchants bibliques du personnage, après avoir été un idiot insupportable et odieux, offrent une deuxième vie qui reflète en face les failles de l’homme, une version possible de la réalité comme Kafka, justement, l’imaginait à  travers la métamorphose de Gregor Samsa, un homme ordinaire.
L’absurdité trône donc dans le récit, empruntant de surprenantes options narratives pour arriver à  ses fins, accélérant le montage comme un cartoon survolté où mille idées par minute déforment l’habituel courant scénaristique.

Mais cette fois l’inventivité plymptonienne semble un peu bloquée par le questionnement existentiel qu’offre le film – aussi drôle ce dernier soit-il. Même si certaines transitions jouent honnêtement sur l’effet de surprise, le film manque d’idées sur la longueur, et s’essouffle vite pour devenir un exercice de philosophie pas forcément très digeste, notamment par le recours à  un crayonnage parfois abstrait, d’autant plus qu’il est réalisé avec un budget minimum et une équipe de travail réduite. Evidemment Plympton reste Plympton et son film, à  condition d’accepter l’originalité du graphisme et le rythme effréné, se savoure d’un bout à  l’autre. Pourtant il lui manque la dimension humoristique habituelle, faisant place ici à  une tristesse étrange, aux confins du réel, que les décors gris à  la profondeur infinie viennent renforcer. Son film, avant d’être déjanté, est doux vers le fond, mais pas tout à  fait saisissant sur la forme.
L’absence de dialogues fait parler la musique, extrêmement belle, mais celle-ci aussi rentre, à  l’intérieur de ces 1h18 très originales, dans une ossature trop mesurée, et dont chaque effet s’amoindrit par le temps et la répétition de certaines séquences ou certains lieux.

Jean-Baptiste Doulcet

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Des idiots et des anges
Film américain de Bill Plympton
Genre : Animation
Durée : 1h18
Sortie : 14 Janvier 2009

La bande-annonce :

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