Et nos amours, de Sean J. Rose

amours.JPGMartin aime Hannah, mais aime aussi d’autres femmes. Pierre est secrètement amoureux de Martin, alors qu’il tente un bout d’aventure avec Yacine. Marie aime tous les hommes, c’est ce qui la rend heureuse, et que ne comprend pas son amie Hélène, qui supporte de moins en moins de n’être que la maîtresse cachée d’un homme qui lui promet de tout quitter pour elle.

C’est au premier abord un scénario de Claude Sautet que l’on tient entre les mains, un »Pierre, Marie, Martin et les autres.. » version XXIème siècle, ou un synopsis d’un ancien Lelouch, et sa ronde infernale d’amours contrariées avec caméra virevoltante. Bref, pas du follement original au départ, et pourtant…

Sur cette base de roman choral où s’entrecroisent des vies assez différentes sur le plan social mais qui se rejoignent un peu sur le thème du désordre sentimental, sur cette base fragile et quelque peu érodé par le nombre d’oeuvres construites de la même manière, Sean J. Rose se distingue par sa volonté de toujours lier l’existence de ses personnages à  leur passé et à  ce qu’ils ont pu laisser ou tenter d’oublier. Nostalgie, remords, déni : ces thèmes donnent une couleur chamarrée, une nouvelle teinte aux histoires d’amour qui finissent mal en général.

Deuxième qualité : la construction du récit. Cent cinquante petits billets aléatoires, cent cinquante très courtes nouvelles qui se soucient pas mal d’une chronologie classique, d’une temporalité, et d’une ligne directrice concernant les histoires des uns et des autres. Au risque de perdre parfois le lecteur. Mais je m’y suis, pour ma part, perdu avec délice, doucement emporté par le flot de sentiments, de contradictions qui anime cet orchestre de trentenaires à  un moment crucial de leur existence, où tout peut encore basculer, au moment de faire un premier bilan pour envisager l’avenir, sereinement ou pas.

Alors, si l’on ne tient pas trop rigueur des passages qui ressemblent à  de l’étalage de culture élitiste, et l’ensemble du roman qui paraît souvent déjà -lu, on peut conclure que Et nos amours est une bien agréable radioscopie de nous-mêmes. Et que Sean J. Rose, en dépoussiérant un thème usé, s’impose comme un jeune auteur à  surveiller.

Jean-François Lahorgue

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Et nos amours, de Sean J. Rose
Editions Denoël, 272 pages, 17 €¬
Date de parution : janvier 2009.

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