Les Noces rebelles

affiche_12.jpgEtrange metteur en scène que Sam Mendes. Ses films ont tout pour être adorés, et pourtant, rien n’y fait, il leur manque constamment quelque chose. American Beauty était savoureux, et en même temps prisonnier d’une attitude critique qui l’immobilisait. Les Sentiers de la perdition était un beau film d’époque, mais il lui manquait une dramaturgie forte et sa tension était impalpable. Jarhead était original, puissant dans ses images, mais tout à  fait démagogique.

Aujourd’hui, il semble manquer à  son dernier film, Les Noces rebelles , la même chose qu’ American Beauty, qu’il essaye de peaufiner en attaquant ces même valeurs de l’Amérique puritaine et l’illusion des belles vies. Tout, au début, concourt au confort, si ce n’est la scène d’introduction, dispute nocturne du couple au bord d’une route. Les maisons sont belles, repeintes par le soleil, l’herbe frétille sous les fines gouttes des tuyaux d’arrosage, les enfants, quoiqu’absents du récit, semblent parfaits, sans un cheveu qui dépasse, et les voisins sont adorables, le sourire grand comme un quartier de pastèque.

Bien sûr, les masques vont tomber, au fur et à  mesure. Leonardo DiCaprio et Kate Winslet, d’abord amoureux, vont finir dans la haine et la colère, la peur, celle de ne plus avoir le temps de vivre ses rêves. Lui gagne bien sa vie, enfermé dans un bureau austère qu’il essaye d’animer par des facéties et des dîners entre collègues. Elle est femme au foyer s’occupant de ses deux enfants, attendant le retour de son mari après avoir rempli ses tâches ménagères. Lui s’endort dans sa vie, elle s’y ennuie. Il la trompe avec une collègue nouvelle et potiche, elle le trompe avec le mari de la voisine. Puis vient la merveilleuse idée de partir vivre dans la capitale française, recommencer une vie, bohème, une vie en errance, celle que l’on déguste justement parce qu’on ne sait jamais réellement où elle nous amène. Contraste face au présent, celui de cette Amérique modèle aux jardins impeccables et aux attitudes rigides, intérieur blanc, décoration au centre. Mais voilà , Paris est, à  cause d’une raison familiale, un voyage inaccessible. Mais ne dévoilons pas les multiples rebondissements d’une intrigue subtilement renfermée, concentrant le plus clair de son action dans cette maison qu’ils rejettent, prison des vies et des avenirs.

Sam Mendes sait toujours filmer les drames classieux, la réflexion sur le désir et l’être au coeur du malheur, il choisit de bons acteurs, écrit de beaux scénarios, trempe sa plume dans une touche de piment et désintègre l’Amérique bien-pensante auquel il survit chaque jour. Sauf que ce n’est ni original, ni véritablement envoûtant, ni puissant ni inattendu. On sait la fin dès les premières minutes, musique jazzy en arrière-plan en tant que preuve de reconstitution, et mélodramatique lorsque surviennent les scènes de douleur intérieure (dommage pour le thème original de Thomas Newman, que l’on aurait aimé plus dissonnant et troublant). Les Noces rebelles suit son cours paisiblement, sans véritables remous ni points forts dans la dramaturgie. Tout est platement filmé de la même manière (et d’une manière jolie, c’est déjà  ça!), la caméra enferme l’action dans cette cage sans promesses, cette maison qui sonne faux dans sa perfection, comme les personnages ont un air volontairement parfait. Leonardo DiCaprio mûrit de plus en plus, sa prestation est extraordinairement furieuse, Kate Winslet est à  sa hauteur, à  la fois confuse et gênée, jouant admirablement le malaise quotidien. Michael Shannon est aussi admirable dans son rôle de fêlé véritable, pourtant le seul être sensé du film. Dommage que son rôle, lâche et abandonné, ne se résume qu’à  deux apparitions, dont l’une, mythique, lors d’un déjeuner qui se finira en massacre, boulets de mots arrachés à  la langue en plein coeur.

Les Noces rebelles aurait dû, dans un premier temps, durer au moins trois heures pour convaincre et faire exister tous ses personnages secondaires. Le thème est simple mais ce qu’il dégage en dit beaucoup, beaucoup trop en tout cas pour deux heures de bobine tentant de résumer l’inconfort et le paraître, amassant les scènes révélatrices dans un montage calme mais qui passe très vite par les besoins du récit pour en finir. Ce qui fait que l’on ne s’ennuie pas un instant, chose d’autant plus remarquable que le film n’est pas ce que l’on pourrait appeler une oeuvre mobile. Le film est mouvant de l’intérieur, agréable mais manquant de sel, de cette saveur insolite qui tranche dans l’académisme de l’ensemble. Ainsi Les Noces rebelles aurait pu être un chef-d’oeuvre égratignant l’American Dream au scalpel, séquence par séquence, mot par mot. En l’état, il n’est qu’un prestigieux divertissement (mineur face au Little Children de Todd Field sur la même thématique, et avec la même Kate Winslet), surtout le prétexte à  réunir les deux stars de Titanic dans une performance puissante. Mais il manque au film, pour ne pas dire à  Sam Mendes, ce petit plus qui font les grands films, et les grands metteurs en scène ; une personnalité.

Jean-Baptiste Doulcet

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Les Noces rebelles
Film américain de Sam Mendes
Genre : Drame
Durée : 2h05
Sortie : 21 janvier 2009
Avec Leobardo DiCaprio, Kate Winslet, Michael Shannon

La bande-annonce :

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4 thoughts on “Les Noces rebelles

  1. Je ne comprends pas cette énergie que mettent des critiques à égratigner des films forts
    et puissants. Dans la grisaille cinématographique actuelle, ce film détonne absolument et
    je ne suis pas loin de crier au chef d’oeuvre.

  2. Sincèrement, un tantinet déçue…. beau scénario, belle mise en oeuvre des années 60… un peu lent sans doutes, je m’attendais à un développement de la relation d’April avec son amant.. Enfin, decue mais surtout: à quand un film avec Leonardo et Kate sans que personne des deux ne meure…… ?? ;)

  3. Chef d’oeuvre ? Non. La critique est juste, et même elle épargne pas mal d’aspects. Chaque scène est attendue, les personnages sont de plats portraits stéréotypés, et tout est appuyé, appuyé…. quelle pesanteur.
    Mais les comédiens sont bons, c’est vrai aussi

  4. Ah ça non ce film EST un chef œuvre ceux qui ne l apprécie pas a sa juste valeur c est qu ils ne le comprennent pas. Des acteurs époustouflants une histoire qui pousse a la réflexion et ou on se laisse emmener. De plus américan beauty était lui aussi un film exceptionnel.

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